Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/137

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menaces de prison à quiconque passera Napoléon-le-Petit ; une terreur énorme de ce petit livre. Pourtant, il n’est pas encore à Jersey. La semaine passée, 300 voyageurs (français) sont venus de Granville en train de plaisir. Notre co-proscrit Mézaize a dit à l’un d’eux : Que venez-vous faire ici ? — Nous venions acheter Napoléon-le-Petit. — Cette soif est bon signe.

La désunion continue à Londres, mais l’union s’est faite ici. — Les proscrits, divisés sans trop savoir pourquoi (comme toujours), ne demandaient qu’à s’entendre et à s’unir. Vraiment tâchez de venir. Vous savez qu’on est libre ici. — Je remets cette bonne cause dans les belles mains de Mme Madier de Montjau. Offrez-lui tous mes respects. Charles et moi, nous vous embrassons comme le 1er août, et nous vous répétons : à bientôt.

Victor H.

Quand vous verrez nos si chers amis M. et Mme Bourson, M. et Mme Péan, parlez-leur de nous. J’écrirai bientôt à Mme Bourson.


À Alphonse Karr[1].


2 septembre [1852].

Je suis donc encore à Bruxelles, mon cher Alphonse Karr, vos dix lignes m’ont fait l’effet d’une bonne poignée de main. Je vous en remercie. Tâchez donc d’imaginer que Jersey est sur la route de Bruxelles Ste Adresse.

Nous referons ici de ces mauvais dîners si excellents de nos dimanches d’autrefois. Vous en souvenez-vous ? Je suis charmé que ce petit livre vous ait plu[2]. En m’ôtant la montagne que j’avais sur la poitrine[3]

C’est ma joie dans l’exil. Je me promène au bord de la mer. Je regarde les goëlands. Je lis quelques chers livres, dont vous êtes. Je suis profondément calme. À propos, on me dit que l’Académie parle de me rayer. J’ai peur qu’elle ne me fasse pas cet honneur. Elle me traiterait après, comme elle a traité Molière avant. En sortant, je trouverais donc ce vieux Poquelin à la porte. Je me consolerais de ne plus être avec Nisard.

Je suis à vous du fond du cœur.

Victor Hugo[4].
  1. Inédite.
  2. Napoléon-le-Petit.
  3. Quelques mots illisibles.
  4. Communiquée par Mlle Bouyer-Karr.