Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/144

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mon trou noir. Lady Tartuffe ira aux nues. Vous voyez que je suis plus à Paris que je n’en ai l’air.

Ma femme me conte que mon manifeste vous a un peu effarouchée. Il ne dit rien pourtant que ce qui est à chaque page de Nap.-le-Petit. L’insurrection contre cet homme, droit et devoir. Et puis, je veux sauver sa tête, et par conséquent toutes les autres têtes. Je ne vois pas bien clairement ma férocité. Expliquez-la-moi.

J’introduis de nouveau près de vous une personne digne de vous approcher, car c’est un noble esprit et un noble talent. Mme Jul. Dillon. Vous l’avez vue chez moi, et, je crois, chez vous. Vous l’avez entendue. Elle donne au piano, cette bête de bois, une âme magnifique. Elle vous aime et vous admire, recevez-la, je vous prie, comme vous me recevriez moi-même. Elle n’ose pas vous approcher sans un mot de moi. Vous ne feriez pas peur à un homme, mais vous faites peur à une femme, et c’est tout simple. Il y a dans les êtres comme vous quelque chose des dieux. Les auréoles sont pleines d’éclairs.

Hélas ! je ne serai pas à Lady Tartuffe ! L’exil est lourd, vous le voyez. Je serais féroce que j’en aurais le droit, convenez-en.

Je vous baise tendrement les mains. Ma femme et ma fille vous embrassent.

Victor Hugo[1].


À Hetzel.


Marine-Terrace, 23 janvier [1853.]

Que devenez-vous ? Voilà des siècles que je n’ai de vos nouvelles. Je commence à me plaindre aux échos.

Je me sens devenir un peu Schœlcher. Vous n’avez pas répondu à mes questions. Relisez, je vous prie, ma dernière lettre que vous avez reçue il y a, aujourd’hui 23 janvier, une dizaine de jours.

Avez-vous compté avec M. Tarride le 15 ? Croyez-vous qu’il paiera assez rondement les 2 500 fr. qu’il doit au 31 janvier, et qu’on peut se dispenser de faire présenter à échéance l’effet par M. de Pouhon ? (Dans ce dernier cas, ne serait-il pas nécessaire, pour que M. de Pouhon pût le présenter efficacement, que j’endossasse l’effet ? Alors, il faudrait me l’envoyer. Se presser, aller et retour. Aurait-on le temps avant le 31 ?)

  1. Archives Spoelberch de Lovenjoul.