Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/149

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le volume des 14 discours et les pièces qui étaient avec. Ceci est par trop vague, même pour le plus Tarride des hommes. Qu’est-ce que ces pièces perdues ? Il me paraît impossible que Cappellemans ait perdu la liasse des discours que j’ai envoyés d’ici en prévenant lui et Tarride que c’étaient des exemplaires uniques. Si cela était, ce serait donc irréparable. Je ne puis me résigner à cette idée. D’ailleurs on ne perd pas un si gros paquet. Où perdu ? Comment perdu ? Et surtout quoi perdu ? Faites préciser, je vous prie. Et répondez-moi en détail. Quant au volume des 14 discours, dites à M. Tarride que je l’ai et que je puis le lui envoyer. Par quelle voie ? Est-ce par la poste ? — Le temps presse. Il faudrait que les Œuvres oratoires parussent avec les Châtiments. — Voici mes quatre pages du dimanche finies. Mettez-moi aux pieds de votre charmante femme. Il y a des reflets de ses yeux dans votre livre.

Seriez-vous assez bon pour faire mettre cette lettre à la poste à Bruxelles[1].


À Madame de Girardin,


8 mars 1853.

Je ne sais plus que faire. Mes lettres vous arrivent-elles ? Avez-vous reçu la dernière ? Je prends le parti de vous écrire directement, et tout bêtement par la poste à la grâce de Dieu et à la garde du diable ! Que la police de M. Bonaparte soit clémente à ces quelques lignes ; je ne parlerai ni d’elle, ni de lui. Quelle bonne chose que l’exil quand on joue en France toutes les comédies qui ne sont pas de vous, mais quelle triste chose quand on y joue Lady Tartuffe ! Je vous avais écrit dans la joie du succès, je vous envoyais mon bravo et mon applaudissement, — et penser qu’ils ont probablement intercepté cela ! faut-il qu’ils soient bêtes ! Qu’y a-t-il de commun entre un applaudissement et eux, entre l’enthousiasme et eux, entre la gloire et eux ? Mais pardon, j’avais promis de n’en point parler.

Donc, face à face avec ce régime, vous continuez l’esprit, la lumière, la poésie, le succès, toutes les grandes traditions de la pensée et de la France. Je vous en remercie au nom de toutes deux.

On me dit le succès de Lady Tartuffe immense. L’autre jour, jouant avec l’avenir, c’est le jeu favori des proscrits, je disais : « Qui sait ? nous serons peut-être à Paris avant que les représentations de Lady Tartuffe soient

  1. Publiée en partie dans Les Châtiments. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale. Collection Jules Hetzel.