Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/15

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


À Madame Biard.


Mardi[1]. [Septembre 1849.]

J’arrive, je trouve toutes vos lettres en bloc. J’y réponds sans perdre une minute. Je suis au désespoir. Vous m’appelez, et je ne puis faire toute la réponse que vous souhaitez. Vous n’êtes pas, je le vois, et d’ailleurs c’est tout simple, au courant de ce qui obère ma situation. Mais il y aurait mauvaise grâce et mauvais goût à vous l’expliquer en ce moment, aussi bien qu’à discuter votre idée. J’arrive au fait. Je mets deux mille francs à votre disposition[2].

Écrivez-moi que vous acceptez, et que vous me croyez quand je vous dis du fond de l’âme que c’est là tout ce qui m’est possible. Celui de nous deux qui souffre le plus en ce moment, c’est moi. Je voudrais tirer du sang de ma veine, mais le sang n’est pas de l’argent.

À vos pieds toujours.

Donnez-moi des nouvelles de votre santé.

Écrivez-moi à quelle époque vous désirez tirer sur moi pour ces deux mille francs.

L’affaire dont vous me parlez de la part du Siècle a des complications diverses et n’est pas de celles qui peuvent se traiter par lettres. Du reste, j’ai encore un assez long travail de revision à faire. Je n’ai pas besoin de dire combien sont étroites mes affinités avec le Siècle[3].


À Aux membres du Congrès de la Paix, à Londres.


Paris, 21 octobre 1849.
Messieurs,

Votre honorable invitation m’a vivement touché. Si j’ai tant tardé à vous répondre, c’est que j’espérais jusqu’au dernier moment pouvoir me rendre à

  1. Cette lettre écrite, comme la première ligne le prouve, au retour d’un voyage, ne peut se placer qu’en septembre 1849, quand Victor Hugo revint de visiter la Somme et l’Oise. Il n’y a pas de voyage publié entre 1844 et 1849.
  2. Victor Hugo se sentait une certaine responsabilité dans les embarras financiers de Madame Biard. Il nous faut rappeler ici un événement qui avait fait grand bruit en 1845. Le peintre Biard avait surpris sa femme et Victor Hugo et avait fait constater le flagrant délit d’adultère. Mme Biard fut envoyée à Saint-Lazare, puis au couvent. Procès, divorce. C’était une vie brisée. Loin de lui fermer sa porte, Mme Victor Hugo la consola et l’aida en plusieurs circonstances.
  3. Louis Guimbaud. Victor Hugo et Mme Biard.