Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/168

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tueux et littéraires, il m’a vivement touché. Dites-le lui, je vous prie, en attendant que je le lui écrive. Je vous enverrai aussi un mot pour M. Tournachon Nadar[1]. — Vous ne sauriez croire comme il m’est difficile de trouver le temps d’écrire les lettres qui me tiennent le plus au cœur, tant je suis accablé de travail, de tiraillements, et de toutes les arides correspondances des affaires.

Je pense que le mois théâtral aura été bon, grâce à ces affreuses pluies. (En voilà un été qui manque de parole ! Il aurait été digne de présider une république. Promettre juin et donner novembre !) J’aurai plusieurs paiements à faire dans le courant de juillet. Les droits d’auteur que vous toucherez pour moi pourront y servir.

Mad. Meurice a écrit à ma femme une lettre charmante. Dites-le lui bien pour qu’elle recommence, et mettez-moi vous-même à ses pieds. Et puis je vous aime, et puis je vous désire et puis j’envoie à votre doux et noble et grand esprit toutes mes tendresses. Autour de moi toutes les mains se tendent vers vous.

Je fais cette lettre insignifiante. J’espère que de la sorte, fût-elle même ouverte, elle vous parviendra[2].


À Hippolyte Lucas.


Marine-Terrace, 26 juin 1853.

D’abord, mon cher poëte, un serrement de main pour votre succès, puis un autre, puis dix autres pour votre bonne pensée de passer par Jersey, cette année, en allant en Bretagne. Votre succès charme ma bourse un peu plus aplatie, hélas ! en ce moment[3]. Votre venue et celle de votre famille nous vont au cœur, et, comme disait Rabelais : melius est cor quam gula. Arrivez-nous donc et nous ne serons plus des exilés et des proscrits.

  1. Tournachon, dit Nadar, avant d’être un photographe célèbre, fit d’abord du journalisme, s’illustra dans la caricature dont le Panthéon Nadar fut l’expression la plus réussie. Quelques années plus tard, il se passionna pour l’aérostation et fit plusieurs ascensions dont l’une, en 1864, faillit lui coûter la vie. Pendant le siège de Paris, il rendit de grands services par ses ballons qui assuraient le transport de certains membres du gouvernement et se chargeaient des lettres.
  2. Bibliothèque Nationale.
  3. Il s’agit de la féerie tirée de la Légende du Beau Pécopin, et écrite en collaboration avec Barré : Le ciel et l’enfer, Victor Hugo touchait un tiers des droits d’auteur.