Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/190

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la vôtre ? Ce que vous dites du peuple est bien, mais on lui mettra l’aiguillon au flanc, à ce taureau.

Puisque ceci est une page blanche, pourquoi n’y pas écrire un mot ? Je cause avec vous jusque sur le dernier bout de papier, comme ces gens qui vous retiennent par le bouton de l’habit sur le pas de la porte. Figurez-vous qu’en ce moment on veut pendre un homme à Guernesey, et que je ne veux pas. L’homme, un assassin[1], est peu intéressant, mais le gibet l’est encore moins. J’ai donc écrit une lettre aux habitants de Guernesey[2] — mon épître aux corinthiens — pour leur dire : ne pendez pas. Je vous enverrai cette lettre un de ces jours. Elle paraît demain dans les neuf journaux de l’archipel. Qu’adviendra-t-il ? Qui sera vaincu ? Sera-ce le progrès ? Sera-ce le gibet ? Les guernesiais sont très montés contre leur pendu. Tout ceci fait une grande émotion dans nos îles. Priez pour mon misérable client ![3]


À Paul Meurice[4].


17 janvier [1854].

Pardonnez-moi, mon doux poëte, de vous écrire sur l’enveloppe. Ce paquet est si gros et si indiscret que je fais tout, même une sottise, pour l’amincir.

Est-ce que vous seriez assez bon pour faire remettre ces lettres à leur adresse ? La lettre Marescq peut être jetée à la poste sans inconvénient.

J’ai reçu, grâce à vous, le charmant petit livre de M. E. de Mirecourt. Je lui dis, mais redites-lui, comme j’en ai été touché. Il y a là telle ligne de quelques mots toute grosse de cordialité et d’affection. Dites-lui que je sens cela, et bien profondément.

Je vous envoie mon speech du 29 novembre[5], édition tirée à 100 000. Mais la douane veille. Cela entrera-t-il ? J’envoie à M. de Mirecourt un autre speech pour sauver un condamné à mort qu’on veut pendre à Guernesey. Je vous le ferai parvenir prochainement dans l’édition complète de tous mes discours de l’exil. C’est le titre.

J’attends toujours les adresses que je vous ai demandées. Puis, vous serez

  1. Tapner.
  2. Actes et Paroles. Fendant l’exil.
  3. Gustave Simon, Victor Hugo et Louise Colet'. Revue de France, 15 mai 1926.
  4. Inédite.
  5. Vingt-troisième anniversaire de la révolution polonaise. Actes et Paroles. Pendant l’exil.