Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/224

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Ce sera la vraie fête, ce jour-là. Ma fille m’a fait de vraiment charmante musique. — Nous avons bu aussi au succès du Paris de notre cher Paul Meurice qui devait avoir lieu presque au même moment. Dites-le-lui, je vous prie. Vous trouverez sous ce pli quatre lettres. Je vous serai obligé d’en faire mettre trois à la poste. La quatrième, adressée à M. Pelvey, je voudrais que vous eussiez la bonté de la lui faire porter. J’ignore son adresse. Paul Meurice vous la dira, ou vous l’aurez chez Marescq, rue du Pont de Lodi, 6. Je voudrais que M. Pelvey vous remît les quatre exemplaires de mes ouvrages indiqués dans ma lettre, et que vous aurez la bonté de nous rapporter en revenant. Savez-vous si l’exemplaire envoyé par moi à Mme d’Aunet lui a été complété au fur et à mesure des livraisons. — Je n’ai plus que la place de vous envoyer une poignée de poignées de mains, toutes celles de Marine-Terrace. À bientôt, n’est-ce pas ? à tout de suite[1].


À Marie Hugo (sœur Sainte-Marie-Joseph)[2].


Jersey, 22 juillet [1855].

Je te remercie de ton souvenir, chère enfant. Ta petite peinture est charmante ; la rose ressemble à ton visage et la colombe à ton âme ; c’est presque une peinture de toi que j’ai, en attendant l’autre. Tu me la promets et j’y tiens.

Les vers que tu nous as envoyés ce printemps avaient beaucoup de grâce ; il y avait sur toi particulièrement des strophes très douces et très heureuses. Dis-le de ma part à l’auteur, qui doit être charmante si elle ressemble à sa poésie.

Chère enfant, tu vas donc bientôt faire ce grand acte de sortir du monde. Tu vas t’exiler, toi aussi ; tu le feras pour la foi comme je l’ai fait pour le devoir. Le sacrifice comprend le sacrifice. Aussi, est-ce du fond du cœur que je te demande ta prière et que je t’envoie ma bénédiction.

Je serais heureux de te voir encore une fois dans cette suprême journée de famille dont tu me parles. Dieu nous refuse cette joie ; il a ses voies. Résignons-nous. J’enverrai près de toi l’ange que j’ai là-haut. Tout ce que tu fais pour ton frère est bien ; je sens là ton cœur dévoué et noble. Chère enfant,

  1. Bibliothèque Nationale.
  2. Cousine de Victor Hugo et fille du colonel Louis Hugo. Mariée en 1854 à Tulle, elle devint veuve après six mois de mariage et entra au Carmel de Tulle ; elle y prit le voile en 1858. Elle mourut en 1906.