Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/230

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Mettez-moi aux pieds de madame Janin, et dites-vous que vous avez ici un cœur qui aime votre cœur, un esprit qui admire votre esprit, une âme en qui rayonne votre âme.

Je vous embrasse.

V.[1]


À Paul Meurice[2].


Marine-Terrace, 3 7bre [1855].

Je ne sais si vous avez vu M. Larrieu et s’il vous a annoncé la lettre dont il était porteur, et que je lui ai reprise au moment où il partait, de peur qu’elle ne le compromît. Vous la trouverez sous ce pli qui va faire d’immenses promenades à passer par Londres et par Bruxelles, puis par Rochefort, avant de vous arriver. — Cher poëte, j’ai enfin lu Paris. Où trouvez-vous dans votre douceur cette force et cette puissance ? Vous empoignez, vraiment, ces grands drames cycliques avec la poigne shakespearienne. C’est un tas de scènes belles, hautes, profondes, pathétiques, charmantes, terribles, liées avec une poésie d’or et une philosophie d’azur. L’histoire était statue, vous la faites déesse, ange, spectre, et vous lui mettez dans la main gauche le tison du passé et dans la main droite l’étoile de l’avenir, et vous lui dites : marche ! — C’est beau.

Depuis qu’a été écrite la lettre que voici dans celle-ci, vous avez eu le temps de perdre — c’est à dire de gagner — votre procès[3]. Félicitez Crémieux, remerciez Crémieux, embrassez Crémieux. Il a été tout ce qu’il est : bon, éloquent, charmant, spirituel, courageux et vrai. Les juges aussi ont été ce qu’ils sont. Ajoutez les épithètes, je vous prie.

Votre dédicace n’est pas seulement ravissante, elle est vaillante, et chacun de ces beaux vers est un acte[4]. Je crois bien que votre libraire a eu raison,

  1. Collection Louis Barthou.
  2. Inédite.
  3. Procès intenté par Paul Meurice au directeur de la Porte-Saint-Martin pour avoir, contre les conventions prévues, affiché le nom de l’auteur après avoir ajouté un tableau impérialiste au drame Paris.
  4. Voici la dédicace que Paul Meurice voulait publier en tête de son drame ; l’éditeur Michel Lévy s’y refusa :

    Maître ! génie absent de la grande cité !
    Lutteur qu’aime et que craint l’archange Adversité !
    Voudrez-vous de ce drame où l’Histoire et la France
    Ont eu le poing coupé pour crime d’espérance ?
    Qu’à votre ardent Pathmos inondé de rayons
    Il porte au moins les vœux que nous vous envoyons
    Au nom de la patrie expirante et fidèle,
    Nous exilés de vous, à vous exilé d’elle.

    (Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice).