Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/318

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vers sa mère après huit ans d’absence et d’exil ! Il a bien fait. J’en ai bisqué et j’en bisque. Mais je l’approuve.

Quant à l’édition belge Lui est Parfait, mais Elle n’est pas Parfaite. Elle a un défaut. Le voici : à de certaines époques climatériques, les sauterelles envahissent l’Égypte et les virgules envahissent la ponctuation. L’imprimerie belge est particulièrement atteinte de ce fléau. Sous cet excès de virgules, l’incise factice devient le parasite de la phrase, et toute largeur de vers et toute ampleur de style disparaît. Or mes épreuves me sont arrivées tatouées de cette vermine. Il a fallu épouiller tout cela. Et à plusieurs reprises. Doubles épreuves. Peine énorme. Dans la rage de cette chasse aux virgules, j’ai été (mea culpa) jusqu’à en supprimer qui étaient bonnes et à leur place. Ces innocentes ont payé pour les drôlesses. Somme toute, beaucoup de ces chenilles de virgules belges sont restées : première laideur de l’édition. Ajoutez à cela huit ou dix mots contresens. De là les cartons et recartons. Si j’avais corrigé les épreuves parisiennes, cela ne fût point arrivé (tua culpa).

De loin et à vol d’oiseau (pour répondre à une autre de vos questions) j’aimerais mieux, comme vous, les citations dans les journaux et le jour même de la mise en vente. Plutôt que la veille.

Où diable vais-je vous envoyer cette lettre ? Sans compter Spa, vous me donnez pour Bruxelles quatre adresses différentes : 1° M. A. Mayer, rue de la Madeleine ; 2° Parfait ; 3° l’… de Russie ; 4° Poste restante. Je me décide à l’envoyer à Parfait.

5 h. du soir.

Comme j’allais clore ceci, votre lettre du 17 m’arrive. Parbleu, je crois bien que ce que vous écrivez à votre ami est admirable et charmant[1]. Vacquerie qui vient de lire ces deux pages exquises en est ébloui. Quel article on ferait avec cette moelle ! C’est là de la vie, du style, de la grâce, de la furia, de la raison ! Mais je m’arrête, m’apercevant que je loue ma louange. Pardonnez-moi cette bêtise.

Ah çà, mais où avez-vous vu que j’exigeasse votre présence à Paris. Vous êtes cent fois juge de la chose. Si cela est sans inconvénient, par Hercule, restez à Spa ! Je vous embrasse.

N’oubliez pas l’envoi de citations aux journaux belges amis. Je recommande particulièrement Le Sancho. Parfait est-il de retour[2] ?

  1. Lettre publiée en partie dans La Légende des Siècles. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  2. Collection Jules Hetzel.