Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/321

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À Hetzel[1].


Hauteville-House, 1er octobre [1859].

Par suite d’un coup d’équinoxe, le courrier a manqué trois jours, et je reçois aujourd’hui trois de vos lettres à la fois.

Je commence par madame Hetzel. Si je n’ai pas signé les vers en question, c’est pour ne pas tomber dans les puérilités d’album. Mais je me mets aux pieds de votre digne et charmante femme dans la page que voici, qu’elle pourra, si cela lui paraît en valoir la peine, joindre à son exemplaire.

Oui, je suis de votre avis tout va bien, donc tout est bien. Le serrement de main que vous me demandez, vous l’avez en ce moment. Il n’a pas attendu la demande. Il vous est arrivé, chaud et cordial, par ma lettre du mardi 27.

Et puisque ce même serrement de main fraternel, vous l’avez échangé avec Meurice, tout est bien, je le répète. On est content des deux côtés du détroit, comme disent ces bons anglais. Un discord entre Meurice et vous me causerait une peine que je ne puis dire. Soyez amis en moi. Meurice, pour moi, ne peut pécher. Il est dévouement par le cœur et poésie par l’âme. Je ne suis pas assez bête pour dire jamais : nimium dilexit amicum. Vous, vous savez comme je vous aime aussi. Donc, aimez-le. Je mets vos quatre mains dans les deux miennes.

Savez-vous que, depuis trois mois, tout en corrigeant minutieusement et scrupuleusement mes épreuves, Meurice faisait répéter une pièce, et que, par une délicatesse presque féminine tant elle est charmante, il me le cachait ? Meurice est jeune et je suis vieux, et cependant il y a déjà vingt ans d’amitié entre nous. Et si vous saviez de quelle amitié ! Exigeante de mon côté, inépuisable du sien ! Donc aimez Paul Meurice. Ama Platonem, disait Socrate. Il n’y a pas grand’chose de Socrate en moi, mais il y a beaucoup de Platon dans Meurice.

Ed. Bertin est-il absent ? Où est-il donc ? L’absence de citation dans les Débats est inévitable. Cela a-t-il pu être réparé ? Je pense que vous êtes là et que vous veillez.


À Charles Baudelaire.


Hauteville-House, 6 octobre 1859.

Votre article sur Théophile Gautier[2] est une de ces pages qui provoquent puissamment la pensée. Rare mérite, faire penser ; don des seuls élus. Vous ne

  1. Inédite.
  2. L’Artiste, 19 mars 1859.