Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/328

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Ma femme et mes enfants vous embrassent. Serrez pour moi, je vous prie, la main de mon excellent et cher Édouard. Je sens quelquefois, en lisant les Débats, la chaleur de sa vieille et solide amitié. Et à propos des Débats, je suis charmé qu’il y ait attaché Deschanel, un doux et gracieux esprit, digne du groupe qui est autour de vous[1].


À Madame de Solms[2].


H.-H., 19 novembre [1859].

Vous m’envoyez une rose ; qu’allez-vous dire, madame, en recevant pour remercîment cette figure sévère ? Que voulez-vous, le plus farouche songeur du monde ne peut donner que ce qu’il a. Laissez-moi ajouter ceci : vous êtes adorable.

C’est là un mot dangereux de près, et même de loin, pour celui qui le prononce. Mais je suis, moi, dans une telle nuée, si épaisse, si obscure, si profonde, que je puis me permettre de ces éclairs-là. Cela expirera à vos pieds comme un hommage. D’ailleurs, il me semble que je commence à être un mort. Les galanteries d’un fantôme ont peu d’inconvénient.

Vous me priez d’aller à Paris en termes charmants, vous avez la bonté de m’y souhaiter un peu ; mais si j’y allais, vous ne me le pardonneriez pas. Vous avez beau être une ravissante femme ; il y a en vous un homme ; vous comprenez le devoir, et vous diriez en me voyant : voici une sentinelle qui a quitté son poste.

Vous pouvez y aller, vous. Ce devoir public est moins absolu pour votre sexe. D’ailleurs vous avez longtemps et noblement lutté contre le crime en plein triomphe. Allez donc à Paris, madame, et régnez-y plus que ceux qui règnent, et soyez ce que vous êtes. Pas de rang, pas de titre, vous n’en avez pas besoin ; vous avez le rang de la fleur et le titre de l’étoile ; vous êtes esprit.

  1. Lettre aux Bertins.
  2. La princesse de Solms, petite-fille de Lucien Bonaparte ; Napoléon III refusa de la reconnaître comme étant de la famille Bonaparte, elle quitta la France après le coup d’État ; elle y rentra en 1853, fit de l’opposition et fut expulsée ; elle se réfugia en Italie, rentra en France après l’annexion de la Savoie. Veuve du prince de Solms, elle épousa le comte Rattazzi, puis Luis de Rute en 1877. Elle écrivit plusieurs romans, quelques poèmes, des études sur l’Espagne et le Portugal, collabora au Constitutionnel et au Pays sous le pseudonyme : Baron Stock, et fut en dernier lieu directrice de la Revue Internationale, 1898.