Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/332

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À Monsieur C. Caraguel au bureau du Charivari[1].


Hauteville-House, 18 xbre 1859.
Monsieur,

Au moment où je lisais les lignes élogieuses que vous avez écrites à l’appui de ma réclamation pour John Brown[2], je reçois une horrible nouvelle. L’assassinat est consommé, le sursis mentait, John Brown a été pendu le 2 décembre… Quel crime ! quelle souillure ! et sous une république ! — Puisque cela est fait, que les conséquences viennent, les événements sont logiques, si les démocraties ne le sont pas, comme vous l’avez dit admirablement. Voilà la question posée, l’esclavage doit disparaître, dût-il en s’en allant casser en deux la république américaine. Mais quelle chose obscure et redoutable que cette fracture ! le progrès en oscillera peut-être pendant un demi-siècle. John Brown déchire le rideau, la question d’Amérique est maintenant aussi énorme que la question d’Europe.

Rallions-nous plus que jamais autour des deux grands droits et des deux grands devoirs : Liberté et Vérité. — La conscience républicaine, c’est la conscience humaine. La France doit la vérité à l’Amérique ; elle est la sœur aînée.

Je suis, monsieur, un de ceux qui apprécient le plus haut votre noble et charmant esprit, et je vous serre bien cordialement la main.

Victor Hugo[3].


À George Sand.


Hauteville-House, 20 décembre 1859.

Je vous remercie de vos charmantes et magnifiques paroles. Vous me parlez de La Légende des Siècles en termes qui enorgueilliraient Homère. Je suis heureux que ce livre ait fixé quelques instants votre beau et calme regard.

En ce moment j’ai l’âme accablée. Ils viennent de tuer John Brown.

  1. Inédite. — Clément Caraguel, journaliste et critique théâtral au Charivari, publia plusieurs volumes et nouvelles.
  2. Le Charivari, 11 décembre 1859.
  3. Communiquée par M. J.-B. Barrère, petit-neveu de Clément Caraguel.