Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/331

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À Charles Baudelaire.


Hauteville-House, 18 Xbre [1859].

Comme tout ce que vous faites, monsieur, votre Cygne[1] est une idée. Comme toutes les idées vraies, il a des profondeurs. Ce cygne dans la poussière a sous lui plus d’abîmes que le cygne des eaux sans fond du lac de Gaube. Ces abîmes, on les entrevoit dans vos vers pleins d’ailleurs de frissons et de tressaillements. La muraille immense du brouillard, la douleur comme une bonne louve, cela dit tout et plus que tout. Je vous remercie de ces strophes si pénétrantes et si fortes.

Soyez tranquille, je ne lirai votre Poë que lorsque vous me l’enverrez. Je comprends votre susceptibilité, moi qui ai fait faire, pour des virgules, onze cartons à La Légende des Siècles. Le sujet traité par Poë est ma constante préoccupation. Mais j’attendrai.

Je vous serre la main et je vous remercie encore une fois, cher poëte.

Victor Hugo.

J’ai relu avec un extrême intérêt votre beau travail sur notre grand poëte Th. Gautier[2].


À Paul Meurice[3].


18 Xbre [1859].

Merci de tout ce que vous avez fait d’excellent et de toutes les peines que vous avez prises pour ce vaillant John Brown. Vous savez qu’ils l’ont tué. (La nouvelle m’est apportée en ce moment même). Le sursis était faux comme cette république est fausse. Il faut que la démocratie française prolonge d’une façon formidable le cri que j’ai jeté. Poussez-y, cher Meurice ! Voyez M. Havin. Voyez nos amis. Écrasons l’infâme. Écrasons l’esclavage. Je serre tendrement vos chères mains[4].

  1. Poésies complètes.
  2. Le manuscrit autographe, mars-avril 1926.
  3. Inédite.
  4. Bibliothèque Nationale.