Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/340

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La solidarité n’est plus possible. Un tel crime ne se porte pas à deux. Continuez votre œuvre, vous et vos dignes concitoyens. Haïti est maintenant une lumière. Il est beau que, parmi les flambeaux du progrès éclairant la route des hommes, on en voie un tenu par la main du nègre.

Votre frère.
Victor Hugo[1].


À Paul Chenay.


31 mars [1860].

Au moment où vous recevrez ce mot, mon cher et excellent beau-frère, vous aurez vu Paul Meurice et il vous aura lu ma lettre d’avant-hier. J’ai dû vous dire la vérité et vous avez certainement compris que je ne pouvais vous donner une plus grande marque de mon amitié. Je connais votre courage et à l’heure qu’il est vous vous êtes encore mis à l’œuvre pour refaire le portrait[2], car il n’y a en effet pas de temps à perdre. — Tout le mal est venu de ce que vous n’avez pas eu, à Paris, le modèle sous les yeux. Je vous l’envoie, vous trouverez sous ce pli une très belle épreuve de la photographie à reproduire. Voilà ce qui est digne d’être étudié et scrupuleusement rendu par votre souple et habile burin. Fac-similé, tout est là. La dimension et le fond importent au plus haut point. Ce n’était pas une chose heureuse que cette figure perchée comme dans un coin, au-dessus de la signature. Faites une belle œuvre cette fois. Cela vous est facile ; je dis plus, cela vous est naturel.

Courage! à bientôt, à toujours. Je vous embrasse fraternellement.

Victor H.

P. S. Nous allons vous rendre Julie, c’est avec un grand regret. Vous et elle, vous nous semblez désormais le complément gracieux et charmant de Hauteville-House[3].

  1. Lettre reproduite dans Le Progrès de Port-au-Prince.
  2. Paul Chenay avait été chargé de graver le portrait de Victor Hugo, d’après la photographie faite en 1856 à Guernesey.
  3. Communiquée par M. Victor Déséglise.