Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/341

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À Paul Meurice[1].


Dimanche 7 avril [1860].

C’est Pâques, et c’est à vous que je veux chanter une litanie : oui, vous êtes admirable et charmant et bon, et toutes les épithètes de Mad. de Sévigné. Quelle foi il faut avoir en vous pour vous demander de si délicats services ! Bigre ! quelle ambassade en effet ! total : je vous aime bien.

Tout ce que vous désirez a été fait ou sera fait. Au moment où je recevais votre lettre, Chenay recevait de moi la lettre que vous souhaitiez. Dieu sait combien est profond mon intérêt pour lui, et combien je lui suis cordialement attaché. Comme vous le sentez et comme vous le dites, supprimer le portrait mal venu (il y a des choses mal venues peut-être dans l’œuvre même de Dieu) c’était un service qu’il fallait lui rendre. Il a compris, et il a fait résolument ce que j’attendais de son talent, de son intelligence et de son courage ; tout est bien. Je me charge d’Hetzel. Rien ne sera changé au traité ni aux paiements. J’en fais mon affaire. Seulement il est de la plus haute importance pour les opérations de Hetzel que Chenay livre le portrait fin mai. Soyez assez bon pour lui dire cela. Vous pouvez lui lire tout ce paragraphe de ma lettre. Il y a pour le pendu[2] l’unanimité qu’il y avait contre le portrait. On m’écrit de tous côtés que la gravure est admirable, que c’est un vrai fac-similé, et que, comme vous dites, l’effet est saisissant. Félicitez bien, je vous prie, Chenay et dites-lui que j’attends sa belle œuvre avec impatience.

Le mauvais temps et la semaine sainte ont retardé notre chère petite Julie, elle partira cette semaine avec M. Busquet. M. Busquet est un charmant homme qui nous laisse le plus agréable souvenir. Il a quelque envie de se fixer un peu ici ; il lorgne les cottages, marchande les maisons, etc. Je serais charmé qu’il réalisât cette bonne idée.

Et vous ! c’est vous que j’attends ! c’est vous que nous appelons tous ! vous et votre charmante femme dont j’ai en ce moment un ravissant petit chef-d’œuvre sous les yeux, l’infante[3]. Je connais cette infante-là, et cela m’enchante. Venez vite avec madame Meurice. Elle nous apportera la joie,

  1. Inédite.
  2. En apprenant l’exécution Je John Brown, Victor Hugo avait aussitôt fait un dessin que Paul Chenay avait demandé à graver, qui fut exposé et qui obtint un grand succès. Tous les détails concernant ce dessin sont publiés dans Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  3. Mme Paul Meurice, élève d’Ingres, avait envoyé à Mme Victor Hugo, pour sa vente de charité, une peinture représentant l’infante d’Espagne tenant une rose {La rose de l’Infante. La Légende des siècles.)