Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/414

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écrirez une grande page, vous relèverez la critique des grands journaux français qui, à l’occasion de ce livre, est, vous le savez, sévèrement jugée à l’étranger.

Je vous demande de continuer ces nobles paroles que vous avez commencées. Et laissez-moi vous remercier d’avance, et me féliciter, et vous dire que je suis à vous du fond du cœur.

Victor Hugo[1].


À Jules Janin.


Hauteville-House, 3 juillet 1862.

En lisant cette troisième page exquise que vous venez d’écrire sur Les Misérables[2], je suis triste de penser que le livre vous échappe, que je cesse d’appartenir à vous, mon frère, et que désormais je vais avoir affaire à mon précepteur[3]. Mais dites donc un peu à ce charmant Eraste[4] que c’est un grand malheur que de perdre Jules Janin, et que je veux qu’il me plaigne. Toute notre jeunesse m’apparaît quand je vous lis, les grands arbres, les Roches, cette douce et puissante musique de Mlle Louise. Votre franc rire de poëte et vos profondes saillies de penseur à la table de ce noble vieillard, notre ami, Édouard, Armand, les enfants, quel passé ! Et tout cela s’éclipse quand j’en lis un autre. Et vous ne voulez pas que je sois triste ! Si, je le suis, car je vous aime.

V. H.[5]


À Théodore de Banville[6].


Hauteville-House, 8 juillet,
[1862 au crayon].

Comprenez-vous mon embarras, Poëte ? Mes ennemis me défendent de remercier mes amis. Je suis au centre d’un acharnement et d’un combat, toutes les vieilles cliques absolutistes et bigotes s’en donnent à cœur joie, cela me plaît du reste et j’aime cette guerre où la vérité ne peut manquer de vaincre, mais j’aime aussi que la vérité ait des auxiliaires ; or, si dans cette lutte, j’ai le malheur de donner le moindre signe de sympathie aux

  1. Communiquée par la fille de Nefftzer.
  2. Feuilleton des Débats, 30 juin 1862.
  3. Cuvillier-Fleury avait été nommé, en 1827, précepteur du duc d’Aumale. Il avait écrit trois articles dans le Journal des Débats sur Les Misérables. Les derniers articles sur les tomes VII, VIII, IX et X sont de Jules Janin.
  4. Eraste était le pseudonyme de Jules Janin.
  5. Clément-Janin. Victor Hugo en exil.
  6. Inédite.