Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/469

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Vous rendez-vous compte que vous êtes un charmant poëte, pas racinien du tout ? Il y a en vous un critique du dix-septième siècle, mais heureusement il y a aussi un poëte du dix-neuvième. Si l’on en croyait le critique, on n’achèterait pas le poëte, et les Heures d’amour n’en seraient pas à leur quatrième édition. Mais vous avez le bonheur d’être plus fort comme homme de l’avenir que comme champion du passé, et vos vers, cher poëte, triomphent de vos doctrines. Vous serez puni par le succès. C’est bien fait ! Ah ! vous voulez relever de Boileau et de Le Batteux en critique ? Eh bien, votre poésie se révolte contre vous et vous bat. Elle ne relève, elle, que de l’éternelle nature. Elle a la grâce et le charme. Elle est délicate et forte. Elle pense et elle aime. Dites-en pis que pendre à présent. Elle s’en fiche pas mal !

Merci de vos bonnes photographies. Vous êtes étonnant, vous : vous gardez vos cheveux noirs !

V.


À Madame Victor Hugo[1].


H.-H. 7 février [1864].

Ta douce plainte me va au cœur. Chère amie, les jours sont courts, je travaille, et mes yeux sont fatigués. En outre en ce moment j’ai des insomnies opiniâtres, ce qui fait que j’ai du travail sans repos. Je me lève le matin presque comme je me suis couché le soir, sans avoir fermé l’œil. Puis me voilà debout, et travaillant. Cela t’explique pourquoi je ne t’ai pas écrit. Mais, vous le savez bien, mes lettres sont pour tous.

Je vous aime tous trois comme un. Je voudrais bien dire tous quatre, et qu’Adèle fut là. Hélas ! — Mon Victor bien-aimé, le portrait achève ce que ta lettre, si ravissante, avait commencé. Au reste, il y a longtemps que ton frère et toi êtes adorés par ce cœur-là. — Soigne bien ton estomac. Mange de la viande rouge et noire, rôtie. Ne travaille jamais l’estomac plein. Marche beaucoup, et dors bien. Tels sont les ordres que je suis chargé de te transmettre. — Mon Charles, tiens-moi au courant de l’affaire entamée, ou plutôt ébauchée. Comment va ma petite Lux ? — Chère amie, je t’envoie sous ce pli une traite de 600 fr. à vue sur Paris. Les raisons que tu me donnes pour quitter ce boarding-house me semblent très bonnes. Dis à Marianne que je suis content que tu sois contente d’elle. Ici tout est bien. Je reçois des montagnes de livres et des avalanches de lettres. Il y a là-

  1. Inédite.