Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/481

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trente acres de votre meilleure terre. Ces trente acres furent divisés par vous en lots. Chaque lot était assez grand pour deux cottages et deux bons jardins. Et vous dîtes aux pauvres qui vous entouraient : — Voici de la terre ; qui en veut ? On suivra l’alignement, on ne bâtira pas plus de deux cottages par lot, on payera pour chaque lot une guinée par an, et je vous fais un bail de mille ans. — En quelques semaines tous les lots furent pris, des centaines de propriétaires étaient créés, la chose s’accrut avec le temps, et cela fait aujourd’hui une petite ville dans le pays de Galles, comté de Glamorgan, la ville de Skewen. Chaque propriétaire, à Skewen, est électeur, c’est-à-dire citoyen. Vous avez fait plus qu’une ville, vous avez fait une cité.

Ce n’est pas tout. Vous avez creusé à vos frais un canal de trente pieds de profondeur, de quatorze kilomètres (neuf milles) de longueur, qui porte des navires du plus fort tonnage, et qui mène à la mer. Le port sur la mer se nomme Port Tennant.

Une ville créée, un canal creusé, un port construit, c’est bien.

Voilà, certes, une bonne préface.

Maintenant je lis votre livre, ou plutôt je me le fais lire, car je ne sais pas l’anglais.

J’y retrouve votre pensée haute et fraternelle.

Je suis plus radical que vous, vous le savez ; vous ménagez les parasitismes, moi je les supprime. Mais, cette restriction faite, j’accepte votre livre. Beaucoup des moyens termes indiqués par vous sont très ingénieux, très étudiés, très efficaces, et ont pour base les principes. Vous esquissez, dans des pages honnêtes et fortes, une répartition plus juste des charges sociales, une attribution plus normale des territoires, une civilisation plus loyale que la nôtre, une Europe meilleure.

Un jour vous aurez pour idéal une Humanité meilleure. Ce jour-là, vous comprendrez tout ; ce jour-là vous combattrez les parasitismes au lieu de les réglementet ; ce jour-là vous adopterez, avec toute l’énergie de votre droiture, et comme point de départ absolu et nécessaire du progrès, l’enseignement gratuit et obligatoire. Alors vous serez en pleine logique, chemin de la pleine vérité. Alors votre esprit sera complet, et vos livres seront irréfutables.

En attendant, je me contente de tout ce qu’il y a dans votre livre d’excellent, de juste, de vrai et de cordial pour le peuple. Le peuple souffre, aimons-le. Je ne dis pas cela à vous, fondateur de villes ; je le dis à tous. Aimons-nous. Un jour, dans une phrase, je ne sais plus laquelle, j’avais écrit : aimer ; l’ouvrier compositeur mit : aider. J’acceptai cette faute d’impression. Aimons-nous et aidons-nous. Que le riche aime et aide le pauvre, que le pauvre aime et aide le riche. Tous ont besoin de tous.