Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/483

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Vous ne vieillirez jamais, vous. Vous êtes ineffablement gracieuse. Pendant que Paris vous applaudit et vous adore, vous vous faites au fond des bois un petit oubli pour vous toute seule, et vous vous pratiquez un recoin d’ombre dans la gloire. Il y a des nids pour les âmes comme pour les oiseaux. En ce moment, votre âme est au nid. Soyez heureuse autant que vous êtes grande.

Je ferme ma lettre pour relire la vôtre. On me dit que mon livre a des envieux, je le crois bien, j’en suis un ; il a voyagé avec vous, je suis jaloux de lui.

Je me mets à vos pieds et je baise vos mains[1].


À Auguste Vacquerie[2].


H.-H., 22 mai [1864]. Dim.

Ce brave M. Lacroix n’a guère fait que des maladresses, avant, pendant et après la publication. L’oubli inouï que vous signalez est d’autant plus grave qu’il semble volontaire. Heureusement, cher Auguste, vous êtes là, et vous présent, rien ne peut péricliter. Je vous sens comme un bouclier. Je viens, selon votre conseil, d’écrire directement à M. L. Plée[3]. J’envoie sous ce pli ma carte à M. Ed. Texier, voudrez-vous la lui transmettre. On me dit M. A. Cerfbeer très refroidi parce que je l’ai remercié simplement (de son très excellent article) par l’envoi de mon portrait. J’écris le moins de lettres que je peux. Vous savez pourquoi. On publie un bonjour signé Victor Hugo. Que se passe-t-il au journal Les Écoles ? On me dit qu’il m’attaque (après m’avoir envoyé sa collection entière). On me dit que le branle hostile est donné par M. Pierre Denis, bras droit du seigneur capital L. P.[4] Qu’y a-t-il de vrai ? Le savez-vous ? Paul Meurice me donnera-t-il quelques détails sur la remise de ma lettre à Janin ? — Je suis de votre avis sur la dépêche espagnole. Ce que vous avez fait est mieux. N’importe. Je crois que je commence à être de trop. Je vais garder le silence pendant quatre ou cinq ans. Je suis fâché de mon buste à cause de cela. M. Pierre Petit[5] viendra-t-il ? Il me semble que non. Eh bien, soit, je vais me taire et laisser la parole à ces messieurs. Je sais des républicains (Peuple, Écoles, Le Progrès) qui en seront très contents. — J’ai écrit à George Sand. C’est une admirable femme. Et vous, vous êtes un admirable homme.

V.
  1. Archives de Mme Lauth-Sand.
  2. Inédite.
  3. Léon Plée, professeur d’histoire, journaliste, fondateur de la Revue des auteurs unis, publia plusieurs volumes d’histoire.
  4. Laurent Pichat.
  5. Pierre Petit, photographe, désirait faire le portrait de Victor Hugo et devait pour cela aller à Guernesey.