Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/532

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À Albert Lacroix.


Hauteville-House, 29 janvier 1866.
Mon cher monsieur Lacroix,

Vous savez combien je suis sobre de conseils qu’on ne me demande pas. Cet automne pourtant, je vous ai conseillé M. de Banville, et je ne vous eusse pas conseillé M. Proudhon ; j’aime mieux un vrai artiste qu’un faux penseur. Les sophismes ultra-anarchiques aboutissant à la demande d’une place au Sénat sont peu de mon goût. J’en devrais rester là. Permettez-moi pourtant, dans le cordial intérêt que je prends à la dignité de votre librairie, d’appeler votre attention sur un véritable écrivain qui vient de traiter un des grands sujets de notre temps, la Révolution littéraire. Ce sujet, sur lequel on a tant écrit, est pourtant vierge encore au point de vue de l’histoire. On a discuté ; il est temps de raconter. La poussière du combat est tombée ; il est temps de constater la victoire. 1830 est le corollaire de 1789. Ce fait considérable n’avait pas encore d’historien ; en voici un, M. Emmanuel des Essarts[1]. M. Emmanuel des Essarts, dont vous avez lu de belles pages de haute critique et de haute philosophie dans les journaux et les revues, est un rare esprit, un talent fin et fort, une éloquence au service de la vérité. Je vous garantis un livre excellent, et je crois fermement au succès. Ce livre est une partie de l’histoire de notre siècle. Il honorera la librairie qui le publiera. Je désire que ce soit la vôtre, je le désire pour vous qui êtes une intelligence élevée et sympathique, je le désire pour l’auteur qui est digne de vous avoir pour éditeur.

Recevez mon cordial serrement de main.

Victor Hugo[2].


À Madame Victor Hugo. À ses fils[3].


H.-H., 31 janvier [1866].

Comprenez-moi, mes bien-aimés. Qui me comprendra, si ce n’est vous ? Si vous étiez une maisonnée isolée à la campagne, seuls, entre vous, parbleu,

  1. Le 25 janvier 1866, Emmanuel des Essarts écrivait à Victor Hugo pour lui demander une recommandation près de Lacroix, chez qui le manuscrit de La Révolution littéraire était déposé.
  2. Bibliothèque Nationale.
  3. Inédite.