Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/54

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Magen, le libraire[1], sont déportés à Cayenne[2]. J’ai reçu ce matin l’ancien constituant Laussedat[3] dont les biens ont été mis sous le séquestre. Les horreurs continuent en France. — Quant à la Belgique, sois parfaitement tranquille. Les ministres et le bourgmestre me font mille assurances cordiales. Ne crains rien. Je suis ici comme un centre. Ma halle — car ma chambre est une halle — ne désemplit pas. Il y a quelquefois trente personnes, et je n’ai que deux chaises ! — Je vais du reste faire effort pour clore ma porte ; car, si je me laisse envahir, on me prendrait mon temps et j’en ai besoin plus que jamais. Je continue à force mon travail sur le 2 décembre. On m’envoie un journal de modes qui paraît ici et qui s’intitule : Esmeralda. Les journaux belges appellent Bonaparte Napoléon le Petit. Ainsi j’aurai baptisé les deux phases de la réaction, les Burgraves et Napoléon le Petit[4]. C’est déjà quelque chose. — En attendant mieux.

Je t’embrasse, ma bonne et généreuse femme. Tes lettres m’apportent de la force et de la foi. Dis à ma chère petite fille de m’écrire et à tous ces chers enfants de la Conciergerie.

J’attends toujours Charles pour la fin du mois. — Pas d’imprudence en paroles[5].


À Madame Victor Hugo.


Bruxelles, dimanche 11 janvier [1852].

Mme Coppens te portera cette lettre, chère amie. Depuis le 31 décembre je t’ai écrit (sans compter celle-ci) quatre lettres : 1°, par M. Bourson. — 2°, par Mme David. — 3°, par M. Couvreur (du Messager des Chambres). Cette lettre ne t’arrivera qu’un peu arriérée, car M. Couvreur a différé son départ, et ne sera à Paris que dans quelques jours. — 4°, par M. S. Lévy, ami de Crémieux. Je réponds en ce moment à la lettre que Mme Coppens m’a apportée et à ta lettre d’avant-hier vendredi. Il est utile de faire une récapitulation pour bien nous fixer.

  1. Hippolyte Magen, républicain ardent, subit plusieurs condamnations pour ses écrits et fut expulsé au coup d’État ; il ne rentra en France qu’en 1870. Il publia plusieurs livres d’histoire et de violentes études contre l’empire, entre autres : Mœurs, débauches et crimes de la famille Bonaparte.
  2. C’était un faux bruit.
  3. Laussedat, médecin, représentant de l’Allier en 1848, combattit la politique de Louis Bonaparte et appuya la demande de mise en accusation, ce qui le fit inscrire en 1851 sur les listes d’expulsion ; il s’installa à Bruxelles où il reprit sa profession de médecin.
  4. On nommait Burgraves les monarchistes de l’Assemblée. Quant au mot Napoléon le Petit, Victor Hugo l’avait prononcé, pour la première fois, dans son mémorable discours du 17 juillet 1851, bien avant de le prendre pour titre du livre auquel, en janvier 1852, il ne songeait pas encore.
  5. Bibliothèque Nationale.