Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/53

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À Madame Victor Hugo.


Bruxelles, 8 janvier, jeudi.

Chère amie, je t’ai écrit hier soir par M. Couvreur, du Messager des Chambres. Mais il ne sera pas à Paris avant quatre ou cinq jours. Je profite d’une occasion que me donne M. Lévy pour t’envoyer de mes nouvelles. M. Lévy est l’ami de Crémieux. C’est lui qui m’a apporté le paquet au sujet duquel tu t’es inquiétée. Sois tranquille. J’ai tout reçu. M. Lévy est excellent et continue de m’offrir ses bons offices. J’en userai, et je commence aujourd’hui comme tu vois.

Je t’écris de ma chambre sur la Grande Place, avec un beau soleil et ce magnifique Hôtel de Ville sous les yeux. Hier, j’ai visité l’intérieur de l’Hôtel de ville en compagnie du bourgmestre de Bruxelles, M. de Brouckère, qui me fait très gracieusement les honneurs de la ville. Je continue d’être ici l’objet d’une foule d’attentions. Le Maupas[1] d’ici, un certain baron Hody, qui m’avait envoyé les gendarmes le mois passé, vient d’être forcé de donner sa démission. Mon affaire n’est pas étrangère à sa déconfiture. Je te donne quelques détails à ce sujet dans la lettre que te remettra M. Couvreur.

M. Couvreur, que tu recevras de ton mieux, est un homme intelligent et avenant. Seulement préviens bien nos amis qu’il n’a pas d’argent et qu’il semble avoir ici peu de crédit. Ceci fort entre nous.

Écris-moi toujours de longues lettres. Elles m’intéressent au plus haut point. Mets-y force détails. En choisissant bien les occasions, tu peux tout m’écrire.

Quant à l’affaire délicate dont tu me parles, je crois que le Voyage au pôle nord peut paraître sans inconvénient aucun dans la Revue de Paris en le signant Mme Thévenot d’Aunet[2]. Ce nom déroute les malignités. Au reste, juge et décide. Ce que tu feras sera bien. Mais songe qu’il m’importe de porter aide et appui là. Je te remercie dans tous les cas de l’appui et de la chose.

On nous dit ici que Xavier Durieu[3], Rivière, l’avocat, et Hippolyte

  1. M. de Maupas, préfet de police en novembre 1851, sut gagner la confiance de Louis Bonaparte au point d’être admis aux conciliabules secrets où l’on prépara le coup d’État ; c’est lui qui donna les ordres pour l’arrestation nocturne des représentants et prit jusqu’en juin 1853 toutes les mesures de rigueur contre les journalistes hostiles à l’empire. Devenu sénateur en 1853, il soutint toujours la politique la plus intransigeante. À la chute de l’empire il cessa toute activité politique jusqu’en 1876 où il échoua deux fois en se présentant aux élections.
  2. Relation du voyage que Mme Biard fit, en 1839, avec son mari.
  3. Xavier Durieu, après la révolution de 1848, fonda, avec Blanqui, un club révolutionnaire : La Société Centrale républicaine. Élu représentant de l’Ariège, il siégea à la Montagne.