Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/546

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d’être inintelligible, ou à peu près. Jamais Vacquerie et Meurice ne m’ont montré plus d’amitié et jamais je ne leur en ai rendu davantage. Je leur suis profondément reconnaissant. Je t’embrasse, chère amie, et mes autres aimés.

Sache si j’ai fait de la peine à Meurice. Écris-lui. C’est bien sans m’en douter, et je ne me consolerais pas d’avoir affligé un tel ami.

V.[1]


À Paul Meurice.


H.-H., 4 avril [1866].

Il paraît que j’ai fait une bêtise. J’ai écrit affectueusement à un homme qui, me dit-on, serait votre ennemi[2]. Voilà ce que c’est que d’ignorer. J’ai écrit sous l’influence d’un vieux souvenir d’un article très chaud sur Les Misérables. Du reste ma lettre affirme mes amitiés. Mais c’est égal, je m’en veux de n’avoir pas su que cette lettre allait à quelqu’un dont vous avez à vous plaindre. Je ne lis de journaux que ceux qu’on m’envoie, et j’ignore une foule de faits, c’est là mon excuse. Mais je suis triste. Vous êtes plus qu’un ami pour moi ; vous êtes un alter ego, vous êtes un moi-même. Je me sens une fraternité profonde avec votre fier et noble esprit, je vous aime de toutes les formes de l’amitié à la fois. Votre cœur de diamant est un des points d’appui de mon exil. Je me sens triompher quand on vous applaudit, et il me semble que mes succès (quand j’en ai, rara avis) sont vôtres. D’ailleurs, ces succès, que seraient-ils sans vous, sans votre sollicitude, sans votre omniprésence, sans votre doux et ferme et infatigable concours ? Je ne pense à vous qu’attendri. Si je vous ai fait de la peine, je ne me consolerai pas. Écrivez-moi si cela est. J’ai bien plus de sensibilité en ce qui vous touche qu’en ce qui me concerne. On peut me frapper, je souris ; si l’on vous effleure, je souffre. Ce nuage est venu se mêler à ma joie du nouveau triomphe de mon cher Fanfan la Tulipe. C’est ma femme qui m’a écrit.

Je me dépêche de vous envoyer tout mon cœur. Je vous aime tant !

V.

Un mot de nos incidents. — Comment se fait-il que M. Lacroix n’ait averti personne[3] ? Maintenant que faire ? Blâmer tout haut, ce serait nuire. Il a pris là une grave responsabilité. —

  1. Bibliothèque Nationale.
  2. Albert Wolff avait, dans L’Événement du 28 mars 1866, assez malmené le dernier drame de Paul Meurice, Fanfan la Tulipe.
  3. M. Lacroix venait de vendre au Soleil le droit de publier en feuilletons Les Travailleurs de la Mer.