Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/56

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comme je te l’ai déjà dit, il ne faut qu’une enjambée pour être en Angleterre.

Ce n’est pas seulement le bon marché qui me fait rester, quoique la considération soit grande, c’est la facilité de trouver des affaires de librairie. On a déjà entamé divers pourparlers. À Londres, ce serait plus difficile. — La contrefaçon se meurt ici, elle est cernée et bloquée par les traités internationaux, il y a donc toute une industrie belge qui réclame et qui va périr, 25 000 ouvriers imprimeurs sans pain, force plaintes, etc. — Le gouvernement belge serait frappé de cette idée qu’en profitant de notre présence (Dumas, Thiers et moi) à Bruxelles, on pourrait nous acheter des droits de propriété, légitimer ainsi la contrefaçon, faire tomber les traités par ce seul fait, et rendre vendables une foule de livres qui sans cela pourriront en magasin. En outre, rendre la vie à la librairie belge, etc. — M. Bourson s’occupe de cette affaire, et est venu m’en parler. Dans ce cas-là, comme les libraires belges ont peu d’argent, le gouvernement, dans un but d’intérêt national, leur ferait une avance. On pourrait en venir jusqu’à m’acheter, non seulement Les Misères, mais la propriété même de mes œuvres. On parlerait par cent mille francs. Ceci étant, il faut un peu voir venir. — Dis à Charles de faire une réponse dilatoire à son libraire. Je ne refuse pas du reste de lui parler, et quand Charles viendra à Bruxelles, si M. Brie veut venir avec lui, je serai charmé de causer de ses offres. L’inconvénient qu’elles ont, c’est de m’ôter (pour une faible somme) la faculté de vendre en Belgique la propriété absolue de mes œuvres complètes. Il faut bien songer à cela.

J’insiste, chère amie, pour que tu m’envoies la causeuse. Je n’ai ici que deux chaises. C’est une dépense de 6 ou 7 francs et je n’aurais pas ici un canapé à moins de 80 francs. On me demande 6 francs par mois pour m’en louer un.

Je ne comprends rien à ce prétendu billet Hugelmann. C’est quelque fraude. Tu as très bien fait, et tu feras toujours bien de ne rien signer sans me prévenir. Refuse net.

Je suis d’accord avec vous tous quant à la proposition de Londres. Je vais répondre dans ce sens. Renvoie-moi la lettre de Louis Blanc par la prochaine occasion.

Je travaille à force au récit du 2 décembre. Tous les jours les matériaux m’arrivent. J’ai des faits incroyables. Ce sera de l’histoire, et on croira lire du roman. Le livre sera évidemment dévoré en Europe. Quand pourrai-je le publier ? Je ne sais pas encore.

Je ne comprends rien, et personne ici ne comprend rien, à l’exception outrageante que le Bonaparte fait pour Jules Favre, Michel de Bourges et