Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/57

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Carnot[1], tous trois membres comme moi du comité de résistance. Il paraît que Jules Favre plaide à Paris, C’est étrange. Qu’en dit-on à Paris ? Si tu entends quelque explication, envoie-la moi.

Dans mon prochain envoi, je répondrai à Auguste très en détail. Tout ce qu’il me dit est du plus haut bon sens, et j’adhère à tout. Je répondrai aussi aux trois charmantes lettres de Charles, de Victor et d’Adèle. Dis-leur de m’écrire souvent et sans attendre mes réponses.

J’ai tant à faire que je ne puis écrire autant de lettres que je voudrais à vous tous. Je passerais ma vie à vous écrire. Il me semble, chers bien-aimés, que c’est causer avec vous. Ma plume va au hasard. C’est illisible, mais qu’importe !

On fait ici, entre nous proscrits, une souscription pour les plus pauvres. J’ai demandé à Schœlcher s’il y avait un maximum. Il m’a dit quinze francs. Je les lui ai donnés.

Chère amie, j’emplis ces deux lignes d’effusions pour vous tous. Écrivez-moi tous et long[2].


À Paul Meurice.


Bruxelles, dimanche 11 [janvier 1852].

Cher ami, ma femme déjà vous a dit combien votre lettre m’avait charmé et combien je vous remerciais des détails sur le 2 décembre. Envoyez-moi toujours tout ce que vous pourrez recueillir. Je vais faire un livre rude et curieux, qui commencera par les faits et qui conclura par les idées. Jamais plus belle occasion, ni plus riche sujet. Je traiterai le Bonaparte comme il

  1. Jules Favre fut, à l’Assemblée législative, l’orateur le plus puissant du parti républicain. Au coup d’État, le conseil de l’ordre des avocats lui épargna la proscription. En février 1858, il entra au corps législatif et fut le chef de l’opposition. Après Sedan, il demanda la déchéance de Napoléon III. Il fut ministre des Affaires étrangères jusqu’en août 1871. Il eut alors la douloureuse mission de négocier, de concert avec Thiers, l’armistice d’abord, puis le traité de paix. On a de lui de nombreuses publications de ses discours et plaidoiries. — Michel (de Bourges), démocrate, représentant du Cher en 1849, fut plusieurs fois président de l’Assemblée. Son discours sur la revision de la Constitution fut publié dans la même brochure que celui de Victor Hugo. D’après les renseignements recueillis par Mme Victor Hugo et transmis à son mari dans sa lettre du 14 janvier 1852, le conseil de l’ordre des avocats aurait, comme pour Jules Favre, empêché son expulsion. — Hippolyte Carnot, second fils de Lazare Carnot, fut nommé président de la Société pour l’instruction élémentaire, société fondée par son père ; ministre de l’Instruction publique en 1848, il soutint les projets de loi sur l’instruction gratuite et obligatoire, fit décréter la gratuité de l’École normale et fonda l’école d’administration. Républicain, il refusa de prêter serment à l’empire et ne reprit d’action politique qu’en 1871 ; il fut alors élu député de Seine-et-Oise.
  2. Bibliothèque Nationale.