Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/576

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et je les remercie. Maintenant pour bouquet je t’offre une bonne action que tu eusses faite. Je te la donne. La voici :

Notre pauvre Kesler est à la côte. Croirais-tu qu’il en est venu à devoir cinq mille francs ? Il faut qu’il renonce à son genre de vie trop onéreux. Je le recueille chez moi. Il logera à Hauteville-House, sera nourri, chauffé, servi, défrayé. Il n’aura plus de dépense, et continuera de donner des leçons. Or il gagne 3 000 francs par an. Avec la vente de ses meubles, et une année de ses leçons, il sera libéré. Il est vieux, et dans l’âge de ne plus trop travailler. C’est pourquoi il restera chez moi tant qu’il voudra, toujours si cela lui plaît, et je partagerai avec lui, sur le radeau d’exil, ma croûte de pain, tant que j’aurai une croûte de pain. Il est sauvé, tranquille, heureux, et je t’envoie son bonheur pour ta fête.

Dis à Auguste que ma prochaine lettre sera pour lui, j’ai à répondre aux diverses choses qu’il m’a écrites ; tout ce qu’il fait est bien.

Bien-aimée, continue de te guérir, et prends en bloc toutes les tendresses qu’a pour toi mon vieux cœur.

V.[1]


À Albert Lacroix.


H.-H., 15 Xbre 1866.

J’attends toujours, mon cher monsieur Lacroix, les nouveaux détails que m’annonçait votre lettre. Dans la communication d’épreuves qui me sera faite, je recommande expressément de ne pas m’envoyer l’article de Louis Blanc, mon éminent et excellent ami. Voici pourquoi :

L’article de Louis Blanc est sur l’Ancien Paris. Or, dans ma préface, j’indique, et c’est là mon sujet, le rôle de Paris dans le passé, dans le présent et dans l’avenir. Dans les pages sur le passé, je pourrais me rencontrer avec Louis Blanc, et il importe, s’il y a rencontre, qu’elle soit fortuite ; aussi je vous prie, ainsi que mon vaillant et cher ami Louis Ulbach, de ne point me communiquer le travail de Louis Blanc. Il va sans dire que je suis parfaitement tranquille sur la nuance démocratique de ce travail, nécessairement très beau, mais je n’ai pas la même tranquillité pour beaucoup d’autres noms[2].

  1. Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  2. Communiquée par les héritières de Paul Meurice.