Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/73

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À Brofferio.


Bruxelles, 2 février 1852.
Mon éloquent et cher collègue,

C’est du fond du cœur que je vous remercie. Orateur, vous me répondiez du haut de votre tribune, proscrit, vous me tendez les bras.

J’étais heureux de votre sympathie d’homme politique et de citoyen ; je suis fier de votre hospitalité que vous m’offrez avec tant de dignité, que j’accepterais avec tant de joie.

Je ne sais encore ce que la providence fera de moi, il me reste plus que jamais d’impérieux devoirs publics. 11 peut être nécessaire que je m’éloigne le moins possible de la frontière la plus voisine de Paris. Bruxelles ou Londres sont des postes de combat. C’est maintenant à l’écrivain de remplacer l’orateur ; je vais continuer avec la plume cette guerre que je faisais aux despotes avec la parole. C’est le Bonaparte, le Bonaparte seul, qu’il faut maintenant prendre corps à corps ; pour cela je dois peut-être rester ici ou aller à Londres. Mais soyez sûr que le jour où je pourrai quitter la Belgique ou l’Angleterre, ce sera pour Turin. J’aurai une joie profonde à vous serrer la main. Vous particulièrement, que de choses vous incarnez en vous ! Vous êtes l’Italie, c’est-à-dire la gloire ; vous êtes le Piémont, c’est-à-dire la liberté ; vous êtes Brofferio, c’est-à-dire l’éloquence. Oui, j’irai, j’irai prochainement vous voir, et voir votre villa du lac Majeur ; j’irai chercher près de vous tout ce que j’aime, le ciel bleu, le soleil, la pensée libre, l’hospitalité fraternelle, la nature, la poésie, l’amitié. Quand mon second fils sera sorti de prison, je pourrai réaliser ce rêve, et faire ranger ma famille en cercle à votre foyer.

Nous parlerons de la France, aujourd’hui, hélas ! pareille à l’Italie, tombée et grande ; nous parlerons de l’avenir inévitable, du triomphe certain, de la dernière guerre nécessaire, de ce grand parlement fédératif continental où j’aurai peut-être l’immense joie un jour de m’asseoir à côté de vous.


À Madame Victor Hugo.


Samedi 14 février.

Ne dis pas, chère amie, que je n’ai pas le temps de lire ; écris-moi de bonnes longues lettres, je t’en supplie. Ne perds pas cette douce habitude de causer avec moi à pleines pages. Ta lettre si courte nous est arrivée hier