Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/72

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Remercie Béranger pour moi[1]. Les bras ouverts de ton frère me touchent peu. Tu en dis très bien la raison.

Quant à Villemain, je lui suis reconnaissant de tout. Je lui suis reconnaissant à lui de t’avoir offert, et je te suis reconnaissant à toi d’avoir refusé. Chère amie, je trouve avec joie toute mon âme dans ton cœur.

Il faudra, je crois, songer à sous-louer l’appartement. Mon avis serait de le louer meublé (en retirant quelques meubles précieux ou fragiles que j’indiquerais) qu’en dis-tu ? Cela pourrait se louer ainsi cet été au moins 500 fr. par mois. Et ce serait une grande ressource. En ce cas-là, et si c’était ton avis et ta convenance, je crois qu’il me serait facile de faire mettre à ta disposition un autre appartement tout meublé où tu serais plus à l’étroit, mais bien. Il va sans dire qu’avant tout il faudrait que cela te convînt à tous les points de vue. Cette lettre devant te parvenir ouverte, je t’écrirai par Mme B... pour répondre à une partie de ta bonne lettre d’aujourd’hui qu’Eudoxie m’envoie.

Pense, chère amie, à m’envoyer par Charles tout ce que je te demande dans ma lettre d’hier, et puis moi, je vous envoie à tous mon cœur, ma pensée, ma vie. Je t’envoie, à toi en particulier, tout ce que j’ai de plus tendre dans l’âme[2].


À Victor Pavie.


Cher ami, cher poëte, merci. Votre lettre m’arrive et me touche au cœur. Je suis banni, proscrit, exilé, expulsé, chassé, que sais-je ? Tout cela est bon, pour moi d’abord, qui sens mieux en moi la grande joie de la conscience contente, pour mon pays ensuite, qui regarde et qui juge. Les choses vont comme il faut qu’elles aillent ; j’ai une foi profonde, vous savez. Je souffre d’être loin de ma femme si noble et si bonne, loin de ma fille, loin de mon fils Victor (Charles m’est revenu), loin de ma maison, loin de ma ville, loin de ma patrie ; mais je me sens près du juste et du vrai. Je bénis le ciel ; tout ce que Dieu fait est bien fait.

Je vous serre la main, cher vieil ami.

Victor .
29 janvier 1852[3].
  1. Béranger avait demandé et obtenu, sans qu’il y eût de demande écrite, un jour de sortie par semaine pour François-Victor.
  2. Bibliothèque Nationale.
  3. Théodore Pavie. Victor Pavie, sa jeunesse, ses relations littéraires.