Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/82

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indisposé. J’ai eu de la fièvre deux ou trois jours, mais c’est fini. Je vais bien.

Nous faisons toujours Charles et moi un doux et paisible ménage. S’il se mettait de lui-même et sérieusement à travailler, je serais presque heureux ici, si ce mot heureux peut être prononcé quand tu n’es pas là, chère et noble bien-aimée, quand vous n’êtes pas là, mes chers enfants, quand vous êtes absents, vous tous qui êtes ma vie et ma joie !

Nous vivons l’œil tourné vers Paris, attendant tes lettres, chère amie, attendant un gros paquet de la Conciergerie. Il pleut, il fait froid, c’est le carême, on est seul. Nous avons bien besoin d’un rayon de soleil. Il dépend de vous de nous l’envoyer.

Dis à Victor, dis à Auguste, dis à M. et Mme Paul Meurice que nous parlons d’eux sans cesse, Charles et moi. Hier, à la table d’hôte des proscrits, Charles a dit des vers d’Auguste qui ont fait pouffer de rire l’exil. C’est Madame Revel remplacée par Philippe le Bel. Tu dois savoir cela.

Embrasse-les tous de ma part, même les hommes, et surtout les femmes.

Ceci n’est qu’un mot pour vous dire bonjour. J’interromps mon travail et je le reprends. Embrasse deux fois mon Victor-Toto et mon Adèle-Dédé[1] .


À Madame Victor Hugo[2].


Bruxelles, 29 février.

Je ne puis, chère amie, t’écrire que deux lignes. On vient tout à l’heure chercher cette lettre pour toi, et je n’ai pas pu me résigner à laisser passer une occasion sans t’écrire. Charles dîne en ville, ce qui lui fera manquer de te mettre un mot au bas de la page. Nous nous plaignons un peu de vous tous et de toi, dont les lettres nous sont une si grande joie. — Depuis l’arrivée de Charles, nous t’avons écrit trois fois. Cette lettre-ci est la 4e et nous n’avons reçu au goum qu’une lettre, et bien courte encore. N’oubliez donc pas, les uns et les autres, que les proscrits sont des affamés : affamés de famille et de patrie. Il faut leur écrire longuement et souvent.

M. Hem, qui te portera cette lettre, est l’associé de Méline. Il va à Paris pour la question de la contrefaçon. Si tu causes avec lui, il te fera comprendre les difficultés actuelles d’une affaire avec la librairie belge. N’oublie pas du reste que j’ai reçu 300 000 francs des Gaillard et Rampin il y a douze ans, et que je ne puis me laisser offrir moins aujourd’hui. Il m’a annoncé qu’après les questions de la contrefaçon réglées, Méline me ferait des offres sérieuses.

  1. Bibliothèque Nationale.
  2. Inédite.