Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome IV.djvu/133

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À Messieurs Méry et Barthélemy[1].


Ce mercredi 21 mars.

Olivier Cromwell serait bien charmé de recevoir lundi prochain chez M. Foucher, rue du Cherche-Midi, pour leur communiquer deux nouveaux actes que plusieurs imprudents lui demandent, l’Horace et le Juvénal de villéliade[2].

Il commencera à 7 heures 1/2 précises[3].


À Madame Victor Hugo[4].


Samedi 2 h. après-midi.
Doux ange bien-aimé,

Tu as une joie en ce moment où je t’écris, tu es près de ton fils comme moi-même je suis près de ma fille. Oh ! que je pense à toi, et quelle douleur d’être séparés! Pour pouvoir sourire à ce qui m’entoure, je songe à avant-hier et à après-demain. Ils ne se doutent pas que cet éclair de bonheur me vient de ta pensée. Pourtant ils sont bons, doux et charmants, et ils m’aiment, et je les aime, mais tu n’es pas là, cela suffit pour que j’aie l’âme pleine d’ombre et de tristesse. Que fais-tu toi-même ? Es-tu bien triste aussi ? songes-tu à moi comme je songe à toi ? Hélas ! tu sais, ce sont les éternelles questions. Tu me les fais sans doute à cette heure comme je te les fais. Tu te tournes vers moi avec ton triste et ravissant sourire, tu m’appelles, tu me demandes, tu fixes ta pensée sur cet adorable mardi ; sur nos bois, sur notre belle vue, sur nos longues heures de rêverie et de causerie si vite envolées ! Ô doux ange, sois béni pour tout ce que tu as mis de charmant et de divin dans ma vie ! Le jour où Dieu voudra te payer ma dette, il te donnera le paradis. Je t’écris bien à la hâte, car on me prend toute ma journée heure par heure et toutes mes heures minute par minute. Je suis dans un bien magnifique lieu ; si tu y étais, il serait plus que magnifique, il serait doux ! Je baise tes pieds et ta bouche avec adoration. Mon âme, songe à moi ! Sois à moi de toute ta pensée. Je ne prévois pas d’incident qui m’empêche de t’embrasser lundi soir. Lundi ! que c’est loin !

Encore mille baisers et un ici.

  1. Inédite.
  2. Barthélemy et Méry. — La Villéliade, poème héroï-comique en cinq chants, publié en 1826, contre le ministre Villèle.
  3. Collection Louis Barthou.
  4. Inédite.