Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome IV.djvu/251

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À Monsieur Darcel[1].


Hauteville-House, 9 mai.

Ma femme arrive de Paris, et m’apporte, Monsieur, votre excellent travail ; je le lis avec un extrême intérêt et j’y apprends beaucoup de choses. Je suis de ceux qui pensent, avec Marc-Aurèle, que l’homme est à l’école toute sa vie ; et, quelles que soient mes études spéciales, dans les matières que vous traitez si bien, je trouve grand profit à vous lire et à vous écouter. Courage. Continuez. À force d’insistance, vous serez entendu et vous rendrez de réels services à l’art et à l’histoire. J’ai une devise qui est sans doute aussi la vôtre : Perseverando.

Mon fils sera bien heureux de lire votre sentiment sur la Normandie inconnue[2] et me prie de vous en remercier d’avance.

Croyez, je vous prie, à tous mes sentiments de vive cordialité.

Victor Hugo[3].


À Paul Meurice[4].


Hauteville-House, 16 mai.

Depuis dix jours, je ne fais que parler de vous, de votre charmante femme, de votre vie noble et douce, de ce que vous dites, de ce que vous faites ; ma femme et ma fille et Auguste sont arrivés, et nous ont ravitaillés avec de l’air de chez vous. Cependant ils nous ont dit une chose triste : est-ce que c’est vrai que vous ne viendrez pas cette année ? J’avais fait force de voiles pour que ma maison, encore aux mains ou aux griffes des bons ouvriers guernesiais, fût un peu plus présentable que l’an dernier ; votre chambre va vous attendre. Je n’ose vous presser, je sais que c’est pour un grand travail que vous resteriez à Paris ; cependant je risque un mot ; dites-vous le vous-même avec toute l’expression que j’y mets : — tâchez ! — Veni, oro te, dit Timothée à Paul. Je ne suis pas Timothée, mais vous êtes Paul. Veni.

Je vous envoie quelques lettres. Est-ce que vous seriez assez bon pour les transmettre à leurs adresses ? Dans le nombre, vous en trouverez une à Bixio. Si vous voulez bien prendre la peine de la lui porter vous-même (lisez-la), Bixio vous remettra les 200 fr. qu’il m’a autorisé à tirer sur lui pour notre caisse de secours. J’ai déjà remis ces 200 fr. à notre caisse. Vous les garderez donc à valoir sur nos comptes.

  1. Inédite.
  2. Publiée en 1854.
  3. Communiquée par la Bibliothèque de Rouen.
  4. Inédite.