Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome IV.djvu/269

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fête là-bas, nous avons ici tempête, mais l’ouragan a beau faire, il ne m’empêche pas d’entendre un doux bruit d’applaudissements qui vient du côté de la France et qui m’apporte votre nom.

Samedi, à sept heures et demie du soir, à l’heure où le Roi de Bohême[1] commençait, j’ai fait emplir les verres, et j’ai porte votre santé, la santé de votre œuvre, la santé de votre triomphe, notre santé à tous dans ce seul cri : À Paul Meurice. En avez-vous senti quelque chose là-bas ? De certaines terres il ne peut rien sortir que d’exquis. La fontaine d’Iran ne peut produire que des lys bleus, dit le proverbe persan. Ayant la couleur du ciel, elle la donne à ses fleurs. Ainsi de vous, cher poëte.

Ai-je rêvé ? est-il vrai que vous ayez reçu pour moi les volumes de Villemain sur Pindare ? Si cela est, envoyez-les moi par Allix ou Chenay avec mes lettres à Béranger. — Oui, quand vous aurez un instant, envoyez un serrement de main d’amnistie à H. — Que vous êtes bon, dans tous ces tracas du succès que je connais un peu, de songer encore à la Légende des Siècles !

Siempre tuyo.
V.[2]


Au même[3].


Hauteville-House, 24 9bre.

C’est ravissant. Je ferme le livre. Je sors de la représentation que je viens de me donner, la toile vient de tomber devant l’œil de mon esprit sur cette vision charmante. Cher poëte, que vous dire ? Il y a de la tendresse dans la volupté d’imagination que votre drame exquis m’a fait éprouver. Le souffle des fées et des génies est dans ce doux et beau poëme. À travers la brume bleue et lumineuse des grands rêves de l’art, Shakespeare vous crie bravo, Calderon vous bat des mains. Vous faites rire votre roi bohème du rire héroïque et fantasque de Cervantes. C’est un roman, c’est une romance ; c’est le drame et la comédie mariés dans l’idéal ; cela n’appartient qu’à vous.

Ce Cabrito, cette Silvana, ce don Philippe, ce bonhomme qui dit : Je souffre, tous ces zingari découpés dans le songe, c’est réel, c’est aérien, cela chante, cela soupire, cela a toutes les hardiesses éclatantes et fières du cœur et de l’épée. Poésie et comédie.

Votre pièce est une lyre à travers laquelle on entend des castagnettes.

  1. Le Roi de Bohême et ses sept châteaux, représenté à l’Ambigu-comique, le 29 octobre 1859.
  2. Bibliothèque Nationale.
  3. Inédite.