Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/103

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Cette Flandre est belle d’ailleurs. De grandes prairies bien vertes, de frais enclos de houblon, des rivières étroites coulant à pleins bords ; tantôt un herbage plein de vaches, tantôt un cabaret plein de buveurs. On voyage entre Paul Potter et Teniers.

Quant à la propreté flamande, voici ce que c’est : toute la journée, toutes les habitantes, servantes et maîtresses, duègnes et jeunes filles, sont occupées à nettoyer les habitations. Or, à force de lessiver, de savonner, de fourbir, de brosser, de peigner, d’éponger, d’essuyer, de tripoliser, de curer et de récurer, il arrive que toute la crasse des choses lavées passe aux choses lavantes ; d’où il suit que la Belgique est le pays du monde où les maisons sont les plus propres et les femmes les plus sales.

Ceci soit dit en exceptant, bien entendu, les belles dames, avec lesquelles je ne veux me faire d’affaires en aucun pays.

Du reste, cette espèce de propreté malpropre donne, quand on oublie les femmes, des résultats charmants. Ainsi, grâce aux plaques de cuivre luisantes comme l’or qui les garnissent ici, je viens de m’apercevoir, pour la

première fois depuis que j’existe, que les colliers des chevaux

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de charrette ont la forme d’une lyre.

Mets des cordes à la place de la tête du cheval, et Viennet pourra se servir de cet instrument.

À propos des chevaux, il paraît qu’ils sont tort méchants en Flandre, ou les flamands fort prudents ; car on ne les ferre, dans tous les villages où j’ai passé, que dans un travail des plus solides, non en chêne, mais en granit. (Ils ont ici un granit bleu assez laid qu’ils mettent à toute sauce.) J’ai été contrarié de cette mode, moi qui aime tant à rencontrer en route le beau groupe compliqué du cheval et du maréchal ferrant.

À quelques lieues de Mons, avant-hier, j’ai vu pour la première fois un chemin de fer. Cela passait sous la route. Deux chevaux, qui en remplaçaient ainsi trente, traînaient cinq gros wagons à quatre roues chargés de charbon de terre. C’est fort laid.


Lier, 19 août, 9 heures du soir.

J’ai passé Louvain, j’ai passé Malines, je suis à Lier, et je continue ma lettre. Je pense avec bien de la joie que ton père est près de toi, mon Adèle, depuis hier et que ma Didine a son grand-papa en attendant le petit.

Je suis amplement dédommagé de toutes les sottes villes de la Flandre