Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/137

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8 heures du soir.

Merci, mon Adèle bien-aimée, merci surtout de tout ce qu’il y a de bon et de charmant dans la manière dont tu effaces ce que tu appelles tes petits reproches. Encore deux semaines au plus, pas même deux semaines, et nous nous reverrons.

Remercie bien ton bon père pour moi. Il sait, je pense, combien je l’aime. Il ne pouvait me faire plus de plaisir que de m’écrire ces quelques lignes, si gracieuses et si bien venues du cœur. Dis-lui, puisqu’il veut bien s’y intéresser, que le voyage m’a fait du bien. Mes yeux vont mieux. Je deviens un homme. Je lis sans lunettes !

Je vais écrire à ma Didine qui recevra sa lettre séparément et dont les deux gentilles petites lettres m’ont rendu heureux. Charge-toi de dire à mes deux petits lauréats bien-aimés, Charles et Toto, combien j’ai été heureux de leurs prix. Je leur écrirai aussi très prochainement. — Je suis ravi de tous les détails que me donne Charlot, ravi que Toto n’ait plus mal à la tête, et que les écoliers aient caché, pas avec leurs visages, je pense, ce qu’il y avait d’incomplet dans la magnifique décoration de M. Morin. Dis ceci à Charlot, et embrasse-les bien tous les deux, ainsi que ma pauvre Juju. Baise aussi mam’selle Dédé qui est bien aimable d’avoir écrit à son petit papa.

La lettre pour Didine suivra de près celle-ci. À bientôt, mon Adèle bien-aimée. Du 10 au 15 je serai à Paris. Je vous embrasse tous. J’ai lu d’abord mon petit paquet à la poste même, avidement, en demandant au commis si c’était là tout ; et puis je suis allé tout relire sur la mer même, au bout de l’estacade, avec un charmant petit vent du soir qui me tournait doucement les feuillets entre les mains. Quand la lanterne s’est allumée à côté de moi, je cherchais encore à lire.

Je t’embrasse, mon Adèle. C’est maintenant à Gisors qu’il faut m’écrire.

Je pars, je ne pense pas pouvoir mettre cette lettre à la poste avant Calais ou Boulogne.

Et ce pauvre Fossombroni ! Quel malheur !