Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/144

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elles s’éloignent et vont appuyer au loin sur l’horizon leurs ondulations courtes et puissantes. Ce sont, au fond du paysage, de fermes et charmantes arabesques, sculptées tour à tour par tous les éléments. L’océan les a ébauchées, l’ouragan les continue.

Étaples n’est qu’un village, mais un village comme je les cherche, une colonie de pêcheurs installée dans un des plus gracieux petits golfes de la Manche. La marée était basse quand j’y suis arrivé ; toutes les barques étaient échouées au loin sur le sable, noires et luisantes comme des coquilles de moules. J’en ai dessiné quelques-unes, tout en me promenant sur la grève. De temps en temps je rencontrais, sur les seuils des cabanes, de ces dignes figures de marins qui vous saluent noblement. La mer brillait au milieu du golfe, éclatante et déchiquetée, comme un lambeau de drap d’argent. Les hauteurs qui bornent l’horizon au midi ont une forme magnifique et calme. Quelques grands nuages s’y posaient lentement. C’était un spectacle tranquille et grand.

Le soir, il semble que les nuages aussi vont se coucher. Ils s’aplatissent, ils s’allongent, ils s’étendent comme pour dormir.

Le jour ils s’enflent, se dilatent et se gonflent au soleil comme des édredons devant le feu. En général, je les aime mieux le soir. Ils dessinent alors dans l’air des baies et des promontoires qui font du ciel comme un immense miroir où la mer se réfléchirait avec ses côtes sombres et découpées.

Je suis parti d’Étaples de bon matin. Je voulais déjeuner à Montreuil-sur-mer.

Montreuil-sur-mer serait mieux nommé Montreuil-sur-plaine.

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C’était autrefois une charmante ville. Ce n’est plus maintenant qu’une citadelle. Mais, des remparts, on a une vue admirable de coteaux et de prairies, car la ville est haut située. Et puis il reste encore sur la place deux vieilles églises qui ont un certain aspect. Mais il n’y faut pas entrer. J’ai trouvé pourtant, dans la plus grande, une piscine romane d’un beau goût. N’en juge pas d’après ce gribouillage.

Je me suis promené sur les remparts. J’étais seul avec de vieux canons gisant à terre et un vieux prêtre assis à côté. Une figure vénérable que ce prêtre ! il avait l’œil fixé sur son livre, et moi, je regardais la campagne. Il lisait dans son bréviaire, et moi dans le mien.