Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/290

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dans la vapeur des chapelles lointaines de l’abside, des voix divines, des voix d’enfants, des voix d’anges, qui chantaient le chant des morts ; et tout à côté de moi, derrière la barrière de planches, une voix d’homme, lente et basse, qui murmurait à l’oreille du nouveau-né les graves recommandations du baptême. Dans l’état de rêverie presque visionnaire où j’étais tombé, je croyais voir les deux portes du ciel entr’ouvertes. Par l’une une âme revenait vers Dieu, par l’autre une âme s’en allait vers nous. Les séraphins saluaient l’une, Jéhovah parlait à l’autre. Le chant de rentrée me paraissait joyeux ; les conseils du départ me semblaient tristes.


J’ai suivi l’enfant qu’on a porté en terre. On l’a mis dans un cimetière vert et fleuri de marguerites qui entoure une vieille église au bout d’un faubourg, — une pauvre église de campagne. Puis on a dressé sur la fosse une pierre blanche. On y gravera sans doute son nom. En attendant, j’ai pris mon crayon et j’ai écrit sur cette pierre ces quatre vers :

Enfant ! que je te porte envie !

Ta barque neuve échoue au port.
Qu’as-tu donc fait pour que ta vie

Aie si tôt mérité la mort ?