Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/411

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causeries se cachent derrière les éventails ; sous les arcades les muletiers taquinent les maritornes ; une douce lueur qui vient de cent fenêtres grandes ouvertes et vivement illuminées éclaire vaguement la place. Cette foule va et vient et se croise dans cette ombre, et rien n’est charmant comme cette discrète mêlée de jolis visages entrevus et de joyeux rires étouffés.

La liberté des prêtres sous ce beau climat n’a rien qui doive scandaliser. C’est une familiarité que les mœurs admettent. Pourtant, de ma croisée d’où j’observais tout, j’entendais trois prêtres, coiffés de leurs prodigieux sombreros et enveloppés de leurs vastes capes noires, causer devant la fonda, et je dois avouer que l’un d’eux prononçait le mot muchachas d’une façon qui eût fait sourire Voltaire.

Vers dix heures du soir, la place se vide et Pampelune s’endort. Mais la rumeur ne s’éteint pas tout de suite ; elle se prolonge, elle ne finit pas avec le sommeil qui commence. On dirait, pendant les premières heures, que ce sommeil vibre encore de toutes les joies de la soirée.

À minuit pourtant le silence se fait, et l’on n’entend plus que la voix des serenos criant l’heure qui, au moment où vous vous endormez, éclate brusquement sur la tour voisine, puis se répète éloignée et amoindrie sur une autre tour au bout de la place, puis va s’affaiblissant de clocher en clocher, et s’évanouit dans les ténèbres.