Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/414

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Rien ne bougea dans la cabane. Pas un souffle ne répondit. La nuit, qui était tout à fait tombée, ajoutait je ne sais quoi de morne et de funèbre à ce silence si mystérieux et si profond.

Escumuturra recommença sa mélodie ; puis, arrivé la même note, il s’arrêta. La cabane garda le silence. Escumuturra recommença une troisième fois, plus doucement encore, sifflant pour ainsi dire tout bas.

Nous étions tous les quatre inclinés vers la porte et nous prêtions l’oreille. J’avoue que je retenais mon haleine et que le cœur me battait un peu.

Tout à coup, comme Escumuturra finissait, l’autre partie de la mélodie se fit entendre derrière la porte dans la maison, mais sifflée si faiblement et si bas que cela était plus singulier peut-être et plus effrayant encore que le silence. C’était lugubre à force d’être doux. On eût dit le chant d’un esprit dans un sépulcre.

El Puño frappa trois fois dans ses mains.

Alors une voix d’homme s’éleva dans la cabane, et voici le dialogue laconique et rapide qui s’échangea dans l’ombre en langue basque entre cette voix qui interrogeait et Escumuturra qui répondait :

Zuec ? (Vous ?)

Guc. (Nous.)

Nun ? (Où ?)

Emen. (Ici.)

Cembat ? (Combien ?)

Lau. (Quatre.)

Une étincelle brilla dans l’intérieur du logis, une chandelle s’alluma, et la porte s’ouvrit. Lentement et bruyamment, car elle était barricadée.

Un homme parut sur le seuil de la porte.

Il tenait à la main et il élevait au-dessus de sa tête un gros chandelier de fer dans lequel brûlait une torche de résine.

C’était un de ces visages basanés et brûlés qui n’ont point d’âge ; il pouvait avoir trente ans, il en pouvait avoir cinquante. Du reste, de belles dents, l’œil vif et un sourire agréable, car il souriait. Un mouchoir rouge lui ceignait le front, selon la mode des muletiers aragonais, et serrait sur ses tempes ses cheveux épais et noirs. Il avait le sommet de la tête rasé, une large muleta blanche qui le couvrait du menton jusqu’aux genoux, une culotte courte de velours olive, des jambières de laine blanche à boutonnières noires, des souliers de corde et les pieds nus.

La grosse mèche de résine agitée par le vent déplaçait rapidement l’ombre et la lumière sur cette figure. Rien de plus étrange que ce sourire cordial sous ce flamboiement sinistre.