Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/517

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— Admirable vue du haut Pont. — Le soir, au clair de lune, plus beau encore.


26 août. — Vu la cathédrale de Trêves, les tombeaux des archevêques. — Admirable. (Joannes Hugo, gratia Dei archiepiscopus Trevirensis, princeps elector. 1692.)


28 août. — Carden. Arrêté une voiture pour Elz[1]. À 2 heures partis pour le château d’Elz. Bons chevaux vifs et gais. Voiture découverte et peu suspendue. Cocher tout à fait prussien. Montée très rude. Dix-huit ou dix-neuf coudes fort cassés et fort brusques. Les voitures à bœufs ne se dérangent pas. On rase de près un fort abîme. Nous arrivons en haut. Court plateau vite traversé. Nous voici à une ferme close d’une porte rouge. Descente de voiture. Prise d’un sentier. Magnifique horizon démasqué au tournant de la ferme. Cinq ou six lieues à perte de vue. Vallée pleine de forêts avec rivière enfonçant ses zigzags dans les collines. Deux burgs se faisant écho. L’un, tour carrée, à une demi-lieue, l’autre, tour ronde, à trois lieues. En bas forêt profonde. Nous nous y dirigeons. Notre prussien court après nous. Il nous met dans la route vraie. Sentier tortueux dans le bois, déjà couvert d’une épaisseur de feuilles sèches. Demi-heure de marche sous les branches.

Tout à coup, une rivière-ruisseau, un pont de bois semblable à une longue charrette étroite avec ses ridelles posée en travers d’une rive à l’autre. Ce pont aboutit à un roide escalier de six marches un peu baigné par les remous de l’eau. Nous levons les yeux. Clairière dans les arbres. Par cette clairière, sorte d’immense fenêtre de la forêt, apparaît le burg. Haut, énorme, étrange, sinistre. Je n’ai rien vu encore de pareil. On dirait un tas de hautes maisons à pignons roulées tumultueusement autour d’une cime. Clochetons, gloriettes, tourelles, moucharabis, lanternes, mâchicoulis, espions, vedettes, renflements d’architectures à fenestrage portés sur des encorbellements. Rocher à pic. Çà et là, autour du rocher, des groupes de tours serrés contre le château et défendant la montée. Portes-ogives de distance en distance avec herses et sarrasines. Escalier de lave usé et glissant. Nous montons.

Nous arrivons à une plateforme étroite avec parapet sur le précipice. Au haut de quelques marches brisées, la porte massive en chêne brut avec marteau de fer gros comme un battant de cloche. Notre guide frappe. Pour toute réponse, aboiements furieux. Tout le château semble entrer en colère

  1. Un accident était survenu à la voiture louée à Dinant par Victor Hugo.