Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/518

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et n’être plus qu’un dogue énorme jappant contre nous. Aucun bruit humain. Personne ne vient. Nous frappons. Les chiens aboient. Personne.

Charles et Busquet vont à la découverte. Je reste seul et je dessine une tour. Une demi-heure passe. Un homme arrive avec un chien et un fusil, puis une femme. L’homme me regarde, le chien me flaire, la femme m’observe, le fusil reste tranquille. Tout cela est sauvage. Je me fais comprendre par signes. On va chercher les clefs. Charles et Busquet reviennent. L’homme s’en va. La femme ouvre la porte. Nous entrons.

L’escalier continue. Sorte de guichet de prison. Nous passons une seconde porte. Une cour étroite apparaît. Extraordinaire. Tours et pignons à perte de vue. Lourdeurs du douzième siècle, délicatesses du seizième. Fenêtres à barreaux énormes, d’autres avec des ferrures de la renaissance. Abside de chapelle gothique à vitraux. Au fond une tour carrée croulante. Deux chiens à la chaîne hurlent vis-à-vis l’un de l’autre. Sur le mur en face, cinq ou six orfraies clouées.

Intérieur : une salle Louis XIII d’abord. Cheminée de pierre peinte et dorée, massive, charmante, écussonnée et blasonnée, haute jusqu’au plafond, portée par deux cariatides habillées, homme et femme. Plafond d’accord à médaillons. Puis force salles gothiques, lits à colonnes, tapisseries exquises, miroirs, bahuts, armes, un lit burgauté d’un travail merveilleux. Une rampe formée d’un grand massacre de cerf dix cors d’où sort une sirène dorée et peinte avec le blason d’Elz sur le ventre. Un miroir et un bahut Louis XIV marqueterie et or d’un inattendu superbe. Tout est blanchi à la chaux. Misère et faste. On ne voit pas la vingtième partie du château.


31 août. — Oberwesel vu en détail. Très belle vieille ville. Le pendant curieux d’Andernach. Y compris la tour ronde portant une tour octogone. Deux églises romanes. Tombeaux. Cinq triptyques très précieux dans la plus grande. Splendide triptyque sur le maître autel.

Pauvre petite fauvette demi-morte trouvée dans l’herbe, meurtrie par quelque accident, réchauffée et sauvée. Elle s’envole.

Vu le Pfalz. Un batelier nous y mène. Intérieur dévasté et lugubre. Un donjon entouré d’une cour profonde à galeries de bois. Piliers en grès rouge du 14e siècle. Vieilles ferrailles à terre qui ont l’air d’instruments de torture. Donjon. Spirale escarpée. Oubliette horrible dans le genre de celle de Bouillon (un cachot-tombe avec une trappe dans la voûte qui se ferme). Nulle trace de la fameuse chambre où la comtesse palatine du Rhin faisait ses couches.

Arrivés à Bacharach à 5 heures. Bacharach moins gâté que Saint-Goar.