Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/224

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


de mai aux individus dits magistrats ; ils se perdront dans l’ombre ; ils deviendront ce qu’ils voudront ; le peuple ne poursuit pas des individus ; que nous importe que Baroche, Partarrieu-Lafosse et Troplong deviennent décrotteurs sur le Pont-Neuf et qu’après avoir sali leurs consciences, ils nettoient nos souliers ! Nous le répétons, quand Louis Bonaparte tombera, la magistrature inamovible tombera ; les hommes, poussière, se disperseront. L’institution, ordure, sera balayée. Mais si, pour faire une supposition absurde et impossible, cette magistrature alerte se retrouvait debout, s’ils restaient sur leurs sièges, ces magistrats qui viennent de jurer dans son antichambre obéissance, adoration et fidélité à M. Bonaparte, sans nul doute, ils le réclameraient pour le juger, mais nous ne le leur livrerions certes pas ; ils seraient trop cruels ! Ils nous prouveraient, à nous les proscrits, que nous sommes mous et cléments ; ils nous rendraient malgré nous le service de nous redresser pour cet homme quelque guillotine ; ils s’efforceraient de racheter leur bassesse par leur férocité ; après avoir léché le tyran , ils se mettraient à lécher le peuple. Nous savons cela. Ce sont de vieilles histoires, et Tacite, et Suétone, et Salluste en sont pleins. Non, non, rien de pareil. D’ailleurs, nous ne voulons pas d’un coup de guillotine pour M. Bonaparte. Il y a d’honnêtes gens qui sont morts ainsi. Malcsherbes a été guillotiné. Nous ne voulons pas d’un coup de hache ; nous ne voulons pas davantage d’un coup de pistolet ni d’un coup de poignard.

Non, ce qu’il faut, je le répète, ce que nous voulons, c’est pour lui et pour ses complices, pour tous ses complices, un jugement grave, lent, réfléchi, solennel, entouré de toutes les garanties qu’il a refusées à ses victimes, audiences publiques, libres plaidoiries, témoins confrontés, et, comme l’homme est bas, que la peine soit basse. Après tout, ne l’oublions pas, quoi qu’il ait fait pour être un monstre, il n’a réussi qu’à être un drôle. Ce qui domine en lui, c’est l’escroc ; sans même nous occuper de ses mains fourrées dans la loterie des lingots d’or, il a escroqué le pouvoir, escroque le serment, escroqué le vote, escroqué l’armée, escroque la liberté, escroque l’opinion, escroqué l’empire. Tenons-lui compte de cela qu’il n’est qu’un faussaire et jugeons-le en conséquence. Faisons paisiblement et sans colère un redoutable exemple. Que le suffrage universel nomme les juges, que les sept millions cinq cent mille voix filoutées par le plébiscite désignent le jury, choisissent pour dégrader Napolcon-lc-Petit l’édifice où a été couronné Napoléon-le-Grand , Notre-Dame, que le haut jury de France siège là, dans cette maison de Dieu devenue la maison de justice, sous l’œil de l’Europe, en présence de l’histoire et de la postérité. Proportionnons tout, les juges à la nation, les débats au crime, le châtiment à l’homme. Que le tribunal soit grand comme la France, et que la peine soit vile comme Louis Bonaparte. Nous l’avons déjà dit ailleurs, et il nous semble qu’en cela nous ne devançons pas l’arrêt, que nous le sentons simplement dans notre conscience tel que le prononcera alors, tel que le prononce dès à présent la conscience nationale, Poissy, voilà le Sainte-Hélène de celui-ci.

Et vous dites que j’injurie et que j’outrage ?

Injurier qui ? Le crime ! Outrager qui ? L’assassinat !

Je serai net et dur. Qu^on n’espère de moi aucune atténuation, aucune précaution, aucune clémence de style. J’appellerai les choses par leurs noms et les hommes