Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/349

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d’une pique n’était plus la vérité, la loi dépavant une rue leur faisait l’effet d’une euménide. Au fond, du reste, et en les prenant pour ce qu’ils étaient et pour ce qu’ils signifiaient comme hommes politiques, ces membres de la droite avaient raison. Qu’eussent-ils fait du peuple ? Et qu’eût fait le peuple d’eux ? Comment s’y fussent-ils pris pour mettre le feu aux masses ? Se figure-t-on Falloux tribun soufflant sur le faubourg Saint-Antoine ?

Hélas ! au milieu de ces obscurités accumulées, dans ces fatales complications de circonstances dont le coup d’État profitait si odieusement et si perfidement, dans cet immense malentendu qui était toute la situation, allumer l’étincelle révolutionnaire au cœur du peuple, Danton lui-même n’y eût pas suffi !

Le coup d’État entra dans cette réunion impudemment, son bonnet de forçat sur la tête. Il eut une assurance infâme ; là, du reste, comme partout. Il y avait dans cette mairie trois cents représentants du peuple, Louis Bonaparte envoya pour les chasser un sergent. L’Assemblée ayant résisté au sergent, il envoya un officier, le commandant par intérim du 6e bataillon des chasseurs de Vincennes. Cet officier, jeune, blond, goguenard, moitié riant, moitié menaçant, montrait du doigt l’escalier plein de bayonnettes et narguait l’Assemblée.

— Quel est ce petit blondin ? dit un membre de la droite. Un garde national qui était là dit : – Jetez-le donc par la fenêtre ! – Donnez-lui un coup de pied au cul ! cria un homme du peuple, trouvant ainsi devant le Deux-Décembre, comme Cambronne devant Waterloo, le mot extrême et vrai.

Cette Assemblée, si graves que fussent ses torts envers les principes de la Révolution, et ces torts, la démocratie seule avait le droit de les lui reprocher, cette Assemblée, dis-je, c’était l’Assemblée nationale, c’est-à-dire la République incarnée, le suffrage universel vivant, la majesté de la nation debout et visible ; Louis Bonaparte assassina cette Assemblée, et de plus l’insulta. Souffleter est pire que poignarder.

Les jardins des environs, occupés par la troupe, étaient pleins de bouteilles brisées. On avait fait boire les soldats. Ils obéissaient purement et simplement aux épaulettes, et, suivant l’expression d’un témoin oculaire, semblaient « hébétés ». Les représentants les interpellaient et leur disaient : Mais c’est un crime ! ils répondaient : Nous ne savons pas.

On entendit un soldat dire à un autre : – Qu’as-tu fait de tes dix francs de ce matin ?

Les sergents poussaient les officiers. A l’exception du commandant, qui probablement gagnait la croix, les officiers étaient respectueux, les sergents brutaux.

Un lieutenant ayant semblé fléchir, un sergent lui cria : – Vous ne commandez pas seul ici. Allons, marchez donc !

M. de Vatimesnil