Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/405

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fraîche posée sur le mur, je m’approchai, je reconnus les caractères de l’Imprimerie nationale, et je lus :

COMPOSITION DU NOUVEAU MINISTÈRE

Intérieur, M. de Morny.

Guerre, M. le général de division de Saint-Arnaud.

Affaires étrangères, M. de Turgot.

Justice, M. Rouher.

Finances, M. Fould.

Marine, M. Ducos.

Travaux publics, M. Magne.

Instruction publique, M. H. Fortoul.

Commerce, M. Lefebvre-Duruflé.

J’arrachai l’affiche et je la jetai dans le ruisseau ; les soldats du train qui menaient les fourgons me regardèrent faire et passèrent leur chemin.

Rue Saint-Georges, près d’une porte bâtarde, encore une affiche. C’était l’APPEL AU PEUPLE. Quelques personnes la lisaient. Je la déchirai, malgré la résistance du portier qui me parut avoir la fonction de la garder.

Comme je passais place Bréda, quelques fiacres y étaient déjà arrivés. J’en pris un.

J’étais près de chez moi, la tentation était trop forte, j’y allai. En me voyant traverser la cour, le portier me regarda d’un air stupéfait. Je sonnai. Mon domestique Isidore vint m’ouvrir et jeta un grand cri : – Ah ! c’est vous, monsieur ! On est venu cette nuit pour vous arrêter. – J’entrai dans la chambre de ma femme, elle était couchée, mais ne dormait pas, et me conta la chose.

Elle s’était couchée à onze heures. Vers minuit et demi, à travers cette espèce de demi-sommeil qui ressemble à l’insomnie, elle entendit des voix d’hommes. Il lui sembla qu’Isidore parlait à quelqu’un dans l’antichambre. Elle n’y prit d’abord pas garde et essaya de s’endormir, mais le bruit de voix continua. Elle se leva sur son séant, et sonna.

Isidore arriva. Elle lui demanda :

— Est-ce qu’il y a là quelqu’un ?

— Oui, madame.

— Qui est-ce ?

— C’est quelqu’un qui désire parler à monsieur.

— Monsieur est sorti.

— C’est ce que j’ai dit, madame.