Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/414

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


III. La Barricade Saint-Antoine

Voici ce qui s’était passé :

Dans cette même nuit, dès quatre heures du matin, de Flotte était dans le faubourg Saint-Antoine. Il voulait, si quelque mouvement se produisait avant le jour, qu’un représentant du peuple fût là ; et il était de ceux qui, lorsque la généreuse insurrection du droit éclate, veulent remuer les pavés de la première barricade.

Mais rien ne bougea. De Flotte, seul au milieu du faubourg désert et endormi, erra de rue en rue toute la nuit.

Le jour paraît tard en décembre. Avant les premières lueurs du matin, de Flotte était au lieu du rendez-vous vis-à-vis le marché Lenoir.

Ce point n’était que faiblement gardé. Il n’y avait d’autres troupes aux environs que le poste même du marché Lenoir et, à quelque distance, l’autre poste qui occupait le corps de garde situé à l’angle du faubourg et de la rue de Montreuil, près du vieil arbre de liberté planté en 1793 par Santerre. Ni l’un ni l’autre de ces deux postes n’étaient commandés par des officiers.

De Flotte reconnut la position, se promena quelque temps de long en large sur le trottoir, puis, ne voyant encore personne venir, et de crainte d’éveiller l’attention, il s’éloigna et rentra dans les rues latérales du faubourg.

De son côté Aubry (du Nord) s’était levé à cinq heures. Rentré chez lui au milieu de la nuit, en revenant de la rue Popincourt, il n’avait pris que trois heures de repos. Son portier l’avait averti que des hommes suspects étaient venus le demander dans la soirée du 2, et qu’on s’était présenté à la maison d’en face, au numéro 12 de cette même rue Racine, chez Huguenin, pour l’arrêter. C’est ce qui détermina Aubry à sortir avant le jour.

Il alla à pied au faubourg Saint-Antoine. Comme il arrivait à l’endroit désigné pour le rendez-vous, il rencontra Cournet et d’autres de la rue Popincourt. Ils furent presque immédiatement rejoints par Malardier.

Il était petit jour. Le faubourg était désert. Ils marchaient absorbés et parlant à voix basse. Tout à coup un groupe violent et singulier passa près d’eux.

Ils tournèrent la tête. C’était un piquet de lanciers qui entourait quelque chose qu’au crépuscule ils reconnurent pour une voiture cellulaire. Cela roulait sans bruit sur le macadam.

Ils se demandaient ce que cela pouvait signifier, quand un deuxième groupe