Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/419

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la même ouverture aux insurgés de juin et avaient tourné contre l’insurrection les armes qu’on leur avait laissées.

On garda donc les fusils.

Le désarmement fait, on compta les fusils, il y en avait quinze.

— Nous sommes cent cinquante, dit Cournet, nous n’avons pas assez de fusils.

— Eh bien, demanda Schœlcher, où y a-t-il un poste ?

— Au marché Lenoir.

— Désarmons-le.

Schœlcher en tête, et escortés des quinze hommes armés, les représentants allèrent au marché Lenoir. Le poste du marché Lenoir se laissa désarmer plus volontiers encore que le poste de la rue de Montreuil. Les soldats se tournaient pour qu’on prît leurs cartouches dans leurs gibernes.

On chargea immédiatement les armes.

— Maintenant, cria de Flotte, nous avons trente fusils, cherchons un coin de rue et faisons une barricade.

Ils étaient alors environ deux cents combattants.

Ils montèrent la rue de Montreuil. Au bout d’une cinquantaine de pas, Schœlcher dit : – Où allons-nous ? nous tournons le dos à la Bastille. Nous tournons le dos au combat.

Ils redescendirent vers le faubourg.

Ils criaient : Aux armes ! On leur répondait : – Vivent nos représentants ! Mais quelques jeunes gens seulement se joignirent à eux. Il était évident que le vent de l’émeute ne soufflait pas.

— N’importe, disait de Flotte, engageons l’action. Ayons la gloire d’être les premiers tués.

Comme ils arrivaient au point où les rues Sainte-Marguerite et de Cotte aboutissent l’une à l’autre et coupent le faubourg, une charrette de paysan chargée de fumier entrait rue Sainte-Marguerite.

— Ici, cria de Flotte.

Ils arrêtèrent la charrette de fumier et la renversèrent au milieu de la rue du faubourg Saint-Antoine.

Une laitière arriva.

Ils renversèrent la charrette de la laitière.

Un boulanger passait dans sa voiture à pain. Il vit ce qui se faisait, voulut fuir et mit son cheval au galop. Deux ou trois gamins – de ces enfants de Paris braves comme des lions et lestes comme des chats – coururent après le boulanger, dépassèrent le cheval qui galopait toujours, l’arrêtèrent et ramenèrent la voiture à la barricade commencée.

On renversa la voiture à pain.