Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/430

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


On lisait dans l’autre :

« Le ministre de la guerre,

» Vu la loi sur l’état de siège,

» Arrête :

» Tout individu pris construisant ou défendant une barricade, ou les armes à la main, SERA FUSILLÉ.

»Le général de division, ministre de la guerre,

» DE SAINT-ARNAUD. »

Nous reproduisons ces proclamations scrupuleusement, et jusqu’à la ponctuation. Les mots SERA FUSILLÉ étaient en majuscules dans l’affiche signée DE SAINT-ARNAUD.

Les boulevards se couvraient d’une foule en fermentation. L’agitation, grandissant dans le centre, gagnait trois arrondissements, le VIe, le IXe et le XIIe. Le quartier des écoles entrait en rumeur. Les étudiants en droit et en médecine acclamaient de Flotte sur la place du Panthéon. Madier de Montjau, ardent, éloquent, parcourait et remuait Belleville. Les troupes, à chaque instant grossies, prenaient position sur tous les points stratégiques de Paris.

A une heure, un jeune homme nous fut amené par l’avocat des associations ouvrières, l’ancien constituant Leblond, chez lequel le comité avait délibéré le matin même. Nous étions en permanence, Carnot, Jules Favre, Michel (de Bourges) et moi. Ce jeune homme, qui avait la parole grave et le regard intelligent, se nommait King. Il était envoyé vers nous par le comité des association ouvrières dont il était délégué. Les associations ouvrières, nous dit-il, se mettaient à la disposition du comité d’insurrection légale nommé par la gauche. Elles pouvaient jeter dans la lutte cinq ou six mille homme hommes résolus. On ferait de la poudre ; quant aux fusils, on en trouverait. Les associations ouvrières nous demandaient un ordre de combat signé de nous. Jules Favre prit une plume et écrivit :

« Les représentants soussignés donnent mandat au citoyen King et à ses amis de défendre avec eux, et les armes à la main, le suffrage universel, la République, les lois. »

Il data et nous signâmes tous les quatre.

— Cela suffit, nous dit le délégué, vous entendrez parler de nous.

Deux heures après, on vint nous annoncer que le combat commençait. On se battait rue Aumaire.