Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome I.djvu/120

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Il ne faut pas voir toutes les choses de la vie à travers le prisme de la poésie. Il ressemble à ces verres ingénieux qui grandissent les objets. Ils vous montrent dans toute leur lumière et dans toute leur majesté les sphères du ciel ; rabaissez-les sur la terre, et vous ne verrez plus que des formes gigantesques, à la vérité, mais pâles, vagues et confuses.


Napoléon exprimé en blason, c’est une couronne gigantale surmontée d’une couronne royale.


Une révolution est la larve d’une civilisation.


La providence est ménagère de ses grands hommes. Elle ne les prodigue pas ; elle ne les gaspille pas. Elle les émet et les retire au bon moment, et ne leur donne jamais à gouverner que des événements de leur taille. Quand elle a quelque mauvaise besogne à faire, elle la fait faire par de mauvaises mains ; elle ne remue le sang et la boue qu’avec de vils outils. Ainsi Mirabeau s’en va avant la Terreur ; Napoléon ne vient qu’après. Entre les deux géants, la fourmilière des hommes petits et méchants, la guillotine, les massacres, les noyades, 93. Et à 93 Robespierre suffit ; il est assez bon pour cela.


J’ai entendu des hommes éminents du siècle, en politique, en littérature, en science, se plaindre de l’envie, des haines, des calomnies, etc. Ils avaient tort. C’est la loi, c’est la gloire. Les hautes renommées subissent ces épreuves. La haine les poursuit partout. Rien ne lui est sacré. Le théâtre lui livrait plus à nu Shakespeare et Molière ; la prison ne lui dérobait pas Christophe Colomb ; le cloître n’en préservait pas saint Bernard ; le trône n’en sauvait pas Napoléon. Il n’y a pour le génie qu’un lieu sur la terre qui jouisse du droit d’asile, c’est le tombeau.