Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome I.djvu/176

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D’autres acceptent et veulent l’art ; mais, à les entendre, les monuments du moyen âge sont des constructions de mauvais goût, des oeuvres barbares, des monstres en architecture, qu’on ne saurait trop vite et trop soigneusement abolir. A ceux-là non plus il n’y a rien à répondre. C’en est fini d’eux. La terre a tourné, le monde a marché depuis eux ; ils ont les préjugés d’un autre siècle ; ils ne sont plus de la génération qui voit le soleil. Car, il faut bien, nous le répétons, que les oreilles de toute grandeur s’habituent à l’entendre dire et redire, en même temps qu’une glorieuse révolution politique s’est accomplie dans la société, une glorieuse révolution intellectuelle s’est accomplie dans l’art. Voilà vingt-cinq ans que Charles Nodier et Mme de Staël l’ont annoncée en France ; et, s’il était permis de citer un nom obscur après ces noms célèbres, nous ajouterions que voilà quatorze ans que nous luttons pour elle. Maintenant elle est faite. Le ridicule duel des classiques et des romantiques s’est arrangé de lui-même, tout le monde étant à la fin du même avis. Il n’y a plus de question. Tout ce qui a de l’avenir est pour l’avenir. A peine y a-t-il encore, dans l’arrière-parloir des collèges, dans la pénombre des académies, quelques bons vieux enfants qui font joujou dans leur coin avec les poétiques et les méthodes d’un autre âge ; qui poëtes, qui architectes ; celui-ci s’ébattant avec les trois unités, celui-là avec les cinq ordres ; les uns gâchant du plâtre selon Vignole, les autres gâchant des vers selon Boileau.

Cela est respectable. N’en parlons plus.

Or, dans ce renouvellement complet de l’art et de la critique, la cause de l’architecture du moyen âge, plaidée sérieusement pour la première fois depuis trois siècles, a été gagnée en même temps que la bonne cause générale ; gagnée par toutes les raisons de la science, gagnée par toutes les raisons de l’histoire, gagnée par toutes les raisons de l’art, gagnée par l’intelligence, par l’imagination et par le cœur. Ne revenons donc pas sur la chose jugée et bien jugée ; et disons de haut au gouvernement, aux communes, aux particuliers, qu’ils sont responsables de tous les monuments nationaux que le hasard met dans leurs mains. Nous devons compte du passé à l’avenir. Posteri, posteri, vestra res agitur.

Quant aux édifices qu’on nous bâtit pour ceux qu’on nous détruit, nous ne prenons pas le change, nous n’en voulons pas. Ils sont mauvais. L’auteur de ces lignes maintient tout ce qu’il a dit ailleurs sur les monuments modernes du Paris actuel. Il n’a rien de plus doux à dire des monuments en construction. Que nous importe les trois ou quatre petites églises cubiques que vous bâtissez piteusement çà et là ! Laissez donc crouler votre ruine du quai d’Orsay avec ses lourds cintres et ses vilaines colonnes engagées ! Laissez crouler votre palais de la chambre des députés, qui ne demandait