Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome I.djvu/202

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et Ariste, c’est la bonté et la sagesse, admirable duo auquel Molière revient toujours.

L’ONCLE

Où voulez-vous courir ?

LE PÈRE.

Las ! que sais-je ?

L’ONCLE.

Il me semble
Que l’on doit commencer par consulter ensemble
Les choses qu’on peut faire en cet événement.

La scène est complète ; rien n’y manque, pas même le coquin de neveu.

Ce qu’il y a de frappant dans le cas présent, c’est que la scène qu’on vient de retracer est une chose réelle, c’est que ce dialogue du père et de l’oncle a eu textuellement lieu par lettres, par lettres que le public peut lire à l’heure qu’il est[1] ; c’est qu’à l’insu des deux vieillards il y avait au fond de leur grave contestation un des plus grands hommes de notre histoire ; c’est que le marquis et

  1. Voyez les Mémoires de Mirabeau, ou plutôt sur Mirabeau, récemment publiés, t. III. Ce travail, fait malheureusement d’une façon peu intelligente, contient sur Mirabeau et de Mirabeau un certain nombre de choses curieuses, authentiques et inédites. Mais ce qu’il renferme de plus intéressant, à notre gré, ce sont des extraits de la correspondance intime du marquis de Mirabeau avec le bailli, son frère. Tout un côté peu éclairé jusqu’à présent du dix-huitième siècle apparaît dans cette correspondance, où le père et l’oncle de Mirabeau, personnages originaux d’ailleurs, tous deux grands écrivains sans le savoir, grands écrivains dans des lettres, dessinent admirablement, dans un cercle d’idées qui va s’élargissant et se rétrécissant selon leur fantaisie et les accidents, leur cœur, leur famille, leur époque. Nous conseillons à l’éditeur de multiplier les citations de cette correspondance ; nous regrettons même qu’on n’ait pas songé à en faire une publication à part aussi complète que possible, dans tous les cas très sobrement élaguée. Les Lettres du marquis et du bailli de Mirabeau, père et oncle de Mirabeau, eussent été un des testaments les plus importants du dix-huitième siècle. Doublement riches sous le rapport biographique et sous le rapport littéraire, ces Lettres eussent été pour l’historien une mine, pour l’écrivain un livre. Ces lettres, qui sont du meilleur style, continuent jusqu’en 1789 l’excellente langue française de Mme de Sévigné, de Mme de Maintenon, de M. de Saint-Simon. La correspondance publiée en entier ferait un précieux pendant aux Lettres de Diderot. Les lettres de Diderot peignent le dix-huitième siècle du point de vue des philosophes, les lettres des Mirabeau le peindraient du point de vue des gentilshommes ; face, certes, non moins curieuse. Cette dernière collection n’importerait pas moins que la première aux études de ceux qui voudraient savoir complètement quelle est définitivement l’idée que le dix-huitième siècle a léguée au dix-neuvième.

    Espérons que la personne entre les mains de laquelle se trouve cette volumineuse correspondance comprendra la responsabilité qui résulte pour elle d’un pareil dépôt, et, dans tous les cas, le conservera intact à l’avenir. D’aussi précieux documents sont le patrimoine d’une nation et non d’une famille. (Note de l’édition originale.)