Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome I.djvu/84

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


    Pour gagner le laurier civique,
    Tous nos hameaux t’ont vu, je croi,
    Fraterniser à coups de pique
    Et piller au nom de la loi.

    Las ! l’autre jour, monsieur le prince,
    Pour vous parler des intérêts
    D’un vieil ami de ma province,
    J’entrai dans votre beau palais.
    D’abord, je fis, de mon air mince,
    Rire un régiment de valets ;
    Puis, relégué dans l’antichambre,
    Tout mouillé des pleurs de décembre,
    J’attendis, près du feu cloué,
    Et, comme un sage du Pirée,
    Opposant, de tous bafoué,
    Au sot orgueil de la livrée
    La fierté du manteau troué.
    On m’appelle enfin. Je m’élance,
    Et l’huissier de votre grandeur
    Me fait traverser en silence
    Quatre salons « dont l’élégance
    « Égalait seule la splendeur ».
    Bientôt, monseigneur, plein de joie,
    Je vois, sur des carreaux de soie,
    Votre altesse en son cabinet,
    Portant sur son sein, avec gloire,
    Un beau cordon, brillant de moire,
    De la couleur de ton bonnet.

    Quoi ! c’était donc un prince en herbe
    Que mon cher Brutus d’autrefois !
    On vous admire, je le vois ;
    Votre savoir passe en proverbe ;
    Vos festins sont dignes des rois ;
    Vos cadeaux sont d’un goût superbe ;
    Homme d’état, votre talent
    Éclate en vos moindres saillies,
    Et si vous dites des folies,